On sait la difficulté, en Martinique, de toucher aux icônes et de traiter les sujets tabous. Or, pour paraphraser George Orwell, c’est le propre de la liberté que de dire ce que des gens n’ont pas envie d’entendre. « Des gens » n’avaient pas voulu « entendre » que Fanon s’était trompé à propos de décembre 1959. Il s’était pourtant trompé. On s’étonnera peut-être d’apprendre bientôt que des historiens oublient volontairement d’entendre les témoins oculaires et des praticiens officiels des incidents de Chalvet. Pour l’instant, parlons d’un sujet dont le nom, Le Pen, est tout un programme pour la France hexagonale et domienne*.
Avec le Front national, la France est prise dans une contradiction qui peut se résumer par une double formule. La première : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». C’était une idée qui avait été assez unanimement partagée sinon proclamée dans les premières années du Front national. On se souvient des soirées électorales à la télévision où l’hypocrisie régnait en maître et où les élus bienpensants manifestaient leur horreur face à la montée du Front national que leur patron, François Mitterrand avait pourtant parfaitement instrumentalisé. On sait que, souvent, dès les lendemains de scrutin la plupart de ces horrifiés retrouvaient, qui dans leurs bureaux, qui dans leurs mairies, leurs petits réflexes frontistes habituels faits de discriminations envers des non-blancs. La seconde formule : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour vous permettre de le dire ». C’est le bruit qui semble monter aujourd’hui des états-majors politiques pour justifier la candidature de Marine Le Pen. En réalité aucun mouvement politique ne veut heurter les idées lepénistes qui traversent aujourd’hui tous les partis où elles progressent sous le mode « je t’aime moi non plus ».
En réalité, la classe politique avait pris un soin méticuleux à ne pas voir une évidence : depuis une dizaine d’années c’est le Front national qui choisit le Président de la République. En 2002, ce n’est pas seulement en raison de la division de la gauche que Jacques Chirac a été réélu mais paradoxalement grâce à sa faiblesse au premier tour. Si le président sortant avait pris un point au Front national, Lionel Jospin aurait été présent au second tour et ce dernier aurait vraisemblablement remporté la victoire que lui annonçaient les sondages. L’« accident » ne s’est pas renouvelé en 2007 simplement parce qu’un homme, Nicolas Sarkozy, avait pu incarner à la fois les intérêts de la droite classique et ceux des frontistes. En 2012, avec Marine Le Pen, le Front national est redevenu le parti qu’il était en 2002 et il y a tout lieu de croire que s’il n’est pas présent au second tour, dans l’hypothèse d’un 21 avril 2002 à l’envers, ce parti saura tout de même rappeler l’UMP à son bon souvenir en votant peut-être pour François Hollande.
La droite, jusqu’alors, pouvait compter mécaniquement sur les électeurs du Front national. Tel ne paraît pas être le cas pour la prochaine présidentielle où la porosité des idées défendues par ce mouvement atteint tous les partis politiques. Les reports seront plus incertains. Si les frontistes avaient hésité pendant longtemps à se déclarer, ils ont depuis vaincu leur timidité. A leur tour, les non-frontistes éprouvent moins de gêne à voter Front national, si l’occasion se présente, ou à recevoir le vote des frontistes si bon leur semble. D’ailleurs, le terme « extrême-droite » n’est plus guère appliqué au Front national et la dédiabolisation de ce parti se mesure par l’empressement de la concurrence à reconnaître la légitimité de la candidature de Marine Le Pen. Il est aujourd’hui établi que le FN n’a pas cessé d’attirer d’anciens électeurs communistes et d’extrême-gauche et se révéler dans les sondages comme le parti des ouvriers : Le Pen – Mélenchon, même discours.
Cette droitisation de la politique nationale n’est pas sans incidence sur les DOM, surtout dans les régions comme la Martinique où l’aspiration à l’émancipation politique convient parfaitement à la volonté de largage, d’abord financier (le mot n’est plus aujourd’hui tabou), exprimée dans de nombreux cercles parisiens. Cette situation de populations sociologiquement éloignées des idées d’extrême-droite rend délicats leurs rapports avec la droite nationale. On peut parfaitement imaginer que ces collectivités tombent tout naturellement dans l’escarcelle du parti socialiste avant de s’en séparer. En renonçant à venir en campagne présidentielle aux DFA, Marine Le Pen pourrait bien être la première à tirer leçon de la politique domienne de Nicolas Sarkozy. A cet égard, les péripéties de la politique martiniquaise rapprochent Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy. Le père de la candidate avait vu détourner l’avion qui devait le déposer sur le « tarmak » de l’aéroport du Lamentin, tandis que l’ex et probable futur candidat avait tout simplement été dissuadé, pourtant ministre de l’Intérieur, de venir en visite à la Martinique.
J’avais suggéré, ici et ailleurs, que, par sa loi d’évolution statutaire pour les Dom, Nicolas Sarkozy réalisait, dans un parfait consensus national, une action de politique intérieure hexagonale. Il avait sans doute prévu d’en tirer un profit électoral à la présidentielle par une application immédiate de la loi d’évolution statutaire. Mais en obtenant de différer la mise en place de la collectivité unique, Serge-qui-ne lâche rien le lui a refusé.
03 février 2012
(*) Patrick Chamoiseau a attiré l’attention de Francois Hollande, lors du récent passage de celui-ci à la Martinique, sur l’usage de certains vocables inappropriés, selon l’auteur, pour traduire la réalité des rapports entre la France et les collectivités d’outre-mer. Le mot « domien » y figurait, mais aussi « outre-mer », semble-t-il. Le candidat à la présidence de la République a invité le Prix Goncourt et ses amis à faire des propositions. Voilà un grand projet pour la Martinique. Dans l’attente des résultats j’utilise encore le vocable.
A force de répêter de façon péremptoire : "Fanon était à côté de la plaque", vous arrivez forcément à en convaincre certains d’entre nous. Mais passons.
On peut reprocher bien des choses à la classe politique française mais enfin, affirmer que ne pas souhaiter la disqualification de Marine LePen revient à dédiaboliser le FN me paraît être un raccourci un peu facile. (Comme si la candidature de M.LePen pouvait être considérée comme illégitime.)
Il me semble au contraire, qu’une démocratie digne de ce nom ne peut accepter que des candidats représentant une frange importante de l’électorat puissent être éliminés selon le bon vouloir d’une partie des élus. Il appartient au défenseur de la démocratie de combattre les idées portées par le F.N.
Enfin, le Serge-qui-ne-lâche-rien dont vous faites la promotion ressemble davantage à une création du NéoPPM qu’à une traduction de la réalité.
Si vous avez compris que je crois la candidature de Marine Lepen illégitime c’est que je me suis vraiment mal exprimé. Je crois même que l’absence de cette candidate aux présidentielles pour insuffisance de signatures pourrait entraîner une crise grave de la démocratie française. On peut compter sur les grands partis pour ne pas souhaiter gérer la situation qui en découlerait et inviter en douce leurs élus maires à faire l’appoint nécessaire.
On l’a assez dit, la démocratie serait le pire des régimes politiques à l’exception de tous les autres. Elle est fragile et a besoin d’être bordée et toilettée de temps en temps. On avait mis en place cette procédure de soutien des candidatures par les maires pour éviter que l’élection présidentielle ne soit asphyxiée par les candidatures fantaisistes. On voit aujourd’hui les limites de la méthode. Elles tiennent à ce qu’un parti politique qui peut compter près de 20% des électeurs aux présidentielles ne possède aucun maire sur 36000 que compte la France.
Quoi qu’on dise, même si Mitterrand était animé par des objectifs peu avouables, il était sur la bonne voie en instaurant la proportionnelle aux législatives. Mais tousles régimes politiques poursuivent un même but : faire fonctionner l’Etat. Il ne suffit pas à la démocratie d’être vertueuse, il faut encore qu’elle soit utile.
Si je fais la promotion de quelque chose, faites-moi l’honneur de croire que c’est celle de la démocratie et c’est pour cela que je me sens en phase avec Politiques Publiques.
Les deux grands partis politiques politiques pourraient s’entendre pour, au nom de la démocratie et dans la transparence, faire, chacun pour moitié, l’appoint des maires manquants au Front national, sans que cela ne soit inscrit dans le marbre de la constitution. Ainsi, l’identfication des maires n’aurait plus une grande importance.
Ce procédé éviterait qu’on ait à apporter à la règle une nouvelle modification peu susceptible de donner entière satisfaction. On le voit ailleurs, notamment en Grande Bretagne, les partis politiques peuvent aussi apporter leur part au bon fonctionnement de la démocratie.
« Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. .........En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation »
bien à propos.
Mr YLM défendra t il un candidat dont un intime sort cela sur commande ?
Notre ami âne-ick Passouvant bien souvent en embûscade, ne perd pas une occasion de détourner le débat, avec des propos forts désobligeants -
Quel est le rapport entre la problématique traitée ci-devant par le texte de Monsieur Yves-L. Monthieux et le président du conseil régional ?
Création pour création ! Qu’est l’idéologie indépendantiste en Martinique ? Si ce n’est un vestige de l’O.J.A.M, resté sans fondement économique, sociologique, societal, et même politique, capté et tenu sans concessions par un "monarque" -
Cette petite parenthèse effectuée, revenons au sujet abordé par la présente analyse -
Incontestablement depuis quelques années, ce sont les électeurs du F.N du premier tour, qui font la difference pour choisir pendant cinq ans le chef de cette "monarchie républicaine" -
Ce n’est donc pas pour rien que l’on assiste à une "forte droitisation" du discours gouvernemental mais aussi à une main tendue perfide de la gauche à "tous les électeurs" -
En ce sens, la sortie du ministre de l’intérieur : "Toutes les civilisations ne se valent pas - Nous devons protéger la nôtre !" N’est pas passée inaperçue -
"Une course à l’échalotte" est donc bien engagée entre la droite-sarkozyste et l’extrême-droite afin de s’attirer les bonnes grâces du vote extrême...de droite, qui fût longtemps communiste ou.... socialiste à une époque -
Concernant Mitterrand, le bruit courait au sein des rédactions, que la montée de l’extrême-droite était dûe à sa propension à manier les "tactiques politiciennes" pour affaiblir le R.P.R de Chirac - Pourquoi pas ? Toutefois, cette forte progression de la droite extrême s’est produite aussi, suite à la désaffection des "cités ouvrières" notament dans le nord de la France - Les populations s’y sentant abandonnées par les partis de gauche, se réfugiaient dans le vote "extrême de droite" - (Le score du parti communiste se situait à 1,93% de l’électorat pour l’élection présidentielle de 2007)- C’est tout dire...
Il fallait pouvoir marquer le point offert imprudemment par Anaconda. Vous avez réussi : votre subtil embarras vaut toutes les réponses. Anaconda appréciera très certainement.
derriere le FN, il y a des millions de français, et il est commode de parler du FN, de Lepen sans parler de ce lot de français bien racistes qui est une réalité historique de la France.
C’est un héritage transmis de génération en génération:les ligues, les collabos, les antidreyfusards, les poujadistes, occident, ordre nouveau, oas, les traditionalistes, etc..
les Madelin, Devedjan, Longuet, Novelli et autres ont fait leur classe à l’extreme droite avant de rejoindre la droite, des vrais Sarkozistes
Donc cette image d’une droite propre n’est qu’un produit de la communication pour gogos.
Les passerelles droite / extreme droite ont toujours existé.
Et ça YLM semble habilement ou naïvement l’ignorer
C’est bien vrai. Un pAys raciste pr ignorance et craponnerie. Mais avec des paradoxes : leurs personnalités préférées, Noah, Zidane, et Omar Sy. Racistes, crapons ou profondément xénophobes.