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Wyclef Jean : "voici ce dont Haïti a besoin"

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Publié le 12/07/2010

Dans une tribune intitulée "Les promesses faites à Haïti seront-elles tenues ?" Wyclef Jean, chanteur et producteur de dimension internationale fait le point sur la situation de son pays, et les défaillances locales et internationales qui pénalisent des centaines de milliers de sans abris.

Le chanteur, engagé depuis plusieurs années dans l’action humanitaire avec sa fondation "Yélé Haïti" poursuit son combat, et indique les pistes qui lui paraissent opportunes pour améliorer la situation.

" Il y a six mois, un tremblement de terre a dévasté ma terre natale : Haïti.

Depuis l’époque où j’étais membre du groupe The Fugees, et bien avant que je co-fonde Yéle Haïti, une ONG créée il y a cinq ans visant à lutter contre la pauvreté et trouver des solutions aux problèmes d’éducation, de santé, d’aide à l’enfance, de secours et d’environnement dans mon pays natal, je me suis fait la promesse de toujours attirer l’attention sur Haïti. Aujourd’hui, je me dois de veiller à ce que l’intérêt mondial porté à Haïti ne s’essouffle pas. Je souhaite seulement arrêter le processus de destructions.

Un an avant le tremblement de terre, je déclarais sur mon blog : "Si nous n’agissons pas maintenant, le navire continuera de couler". Haïti a encore besoin de notre aide, aujourd’hui plus que jamais. Beaucoup de promesses ont été faites après la catastrophe du 12 janvier, et nous voulons qu’elles soient tenues. Au sein de Yéle, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir.

La reconstruction d’Haïti nous tient à cœur à mon épouse Claudinette et à moi-même. Depuis le tremblement de terre, nous avons effectué de nombreux voyages là-bas. J’y étais le 13 janvier et plus récemment, fin juin. Nous avons observé la situation de nos propres yeux, nous avons écouté les gens sur place y compris le personnel permanent de Yéle et ses volontaires.

Conclusion : nous ressentons de la frustration. Les ruines et bâtiments effondrés n’ont pas disparu. Je pensais qu’en allant là-bas, j’allais voir des milliers de tracteurs sur chenille déblayant le sol mais je m’étais trompé.

J’en ai discuté avec Enrique Silva, professeur à l’université de Boston. Il m’a dit et je le cite : "La reconstruction d’Haïti va bien au-delà de l’effondrement spectaculaire des bâtiments et infrastructures. Il est également question ici de structures politiques, sociales et économiques qui ont certainement aggravé l’impact du tremblement de terre".

La reconstruction du pays a été retardée par des litiges fonciers, des barrages bureaucratiques, des problèmes de douanes, des divergences d’opinion quant à la stratégie à adopter et y compris des retards dans la réception des promesses de dons faites à Haïti. Selon Associated Press, seulement 2 % des 5,3 milliards de dollars de promesses de dons faites à moyen terme ont été reçus.

A cela s’ajoute maintenant la saison des ouragans qui commence dans un mois sans oublier que Port-au-Prince est balayé chaque jour par des tempêtes tropicales. Yéle Haïti s’efforce de transférer les gens vivant dans des tentes vers des petites maisons temporaires, mais le manque de terrains et de ressources limite notre champ d’action. Résultat : plus d’un million de mes frères et sœurs les plus vulnérables n’ont toujours pas d’abris décents.

NOUS DEVONS TOUS RENFORCER NOS EFFORTS POUR REDONNER ESPOIR

Je me suis également entretenu avec Jayne Fleming, avocate spécialisée dans les droits de l’homme, travaillant pour un prestigieux cabinet d’avocats qui lui permet de faire du bénévolat pour aider Haïti. Les histoires qu’elle m’a racontées m’ont horrifié et m’ont fait l’effet d’une seconde douche froide. C’est alors qu’une évidence s’est imposée à moi : je devais continuer à me battre pour Haïti. Jayne m’a expliqué que – et je la cite – "les gens vivent toujours dans des tentes montées à partir de chiffons, cartons et plastique. Le manque d’abris respectant les normes constitue non seulement une violation des droits de l’homme, mais de nombreux problèmes en découlent également. La population est exposée à un plus grand risque de blessures et de maladies parce qu’elle vit dans des conditions difficiles et insalubres. Les femmes, plus particulièrement, sont exposées à un risque plus élevé de violence et de viols étant donné qu’elles n’ont pas de maison où s’enfermer la nuit. Quant aux enfants, ils sont soumis à un risque plus important d’enlèvements, de trafic et prostitution parce qu’ils vivent dans la rue".

"J’ai interviewé plus de trente victimes de viol à Haïti, continue Jayne. Aucune de ces femmes ne pense que le gouvernement les protègera, jugera les criminels ou assurera leur sécurité. Par exemple, une femme a porté plainte pour tentative de viol à la police qui lui a conseillé d’en parler au président car ils avaient déjà entendu des dizaines d’histoires comme la sienne. Comment voulez-vous que les gens gardent espoir dans un environnement aussi hostile ?"

Beaucoup de promesses ont été faites à Haïti au cours des six derniers mois. Les Haïtiens se sentent abandonnés et commencent à penser que ces promesses ne seront pas tenues.

Avec Yéle Haiti, nous nous efforçons de tenir notre part de promesses. Au cours des six derniers mois, nous avons distribué 84 000 repas chauds, environs 7,5 millions litres d’eau, 700 plateaux-repas et 14 000 boîtes de conserve de nourriture. Nous avons également soutenu Airline Ambassadors dans le cadre de la distribution d’équipements médicaux et de médicaments aux victimes. Nous faisons venir des Etats-Unis des containers de nourriture, vêtements, lampes torches et du matériel médical. Nous avons fourni plus de 1 500 tentes et 870 bâches pour 34 tentes communautaires.

Nous plantons des arbres, créons des emplois et nous allons créer une communauté agricole durable et permanente pour 5 000 personnes près de Croix-des-Bouquets. Nous avons également l’intention de construire une grande cuisine au siège de Yéle Haïti à La Plaine où nous recruterons des femmes de la région et leur apprendrons à lire et faire du business tout en distribuant 15 000 repas par jour pour nourrir les gens qui meurent de faim.

Toutefois, nous devons tous renforcer nos efforts au cours des six prochains mois pour redonner espoir aux femmes, enfants et à toute la population et leur montrer que nous pouvons surmonter ce désastre. Il ne suffit pas de tenir ses promesses. Il faut aller au-delà et faire du suivi. Heather Paul, PDG de SIS Children’s Villages USA, m’a récemment dit : "Les gens ont besoin de voir des signes de progrès".

A MOYEN TERME, VOICI SELON MOI CE DONT HAÏTI A BESOIN :

Au cours des trois prochains mois :

La Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti doit débloquer 150 millions de dollars de promesses de dons pour assurer une sécurité publique cohérente et un plan de sécurité qui réponde aux problèmes de violence, d’enlèvement, de viol et d’abus sexuel qui règnent à travers le pays, particulièrement parmi les communautés les plus vulnérables. La Commission doit également débloquer 150 millions de dollars de promesses de dons pour mettre en place un programme sérieux destiné à nettoyer les ruines tout en permettant de créer des emplois pour les jeunes, les aider à se nourrir ainsi que leur famille. Ce programme doit également constituer le vrai commencement du processus de reconstruction et donner à tout le monde de l’espoir pour le futur.

Au cours des quatre prochains mois :

Les dirigeants de la Commission, les Nations unies, les anciens présidents américains George Bush et Bill Clinton devraient être appelés à s’engager eux-mêmes à collecter les milliards de dons faits par la communauté internationale pour secourir Haïti et assurer que ces dons soient vraiment reversés.

Une fois que ces objectifs seront atteints, que les Haïtiens seront vraiment en sécurité et auront retrouvé leur fierté, que les infrastructures seront de nouveau sur pied et que le pays sera lancé vers une nouvelle destinée, pourquoi ne pas se fixer des objectifs plus légers ? Pourquoi ne pas organiser une coupe du Monde de football à Port-au-Prince ?

Je souhaiterais terminer sur ces quelques mots du grand sage Gandhi : "La rupture d’une promesse laisse la porte ouverte au mensonge".

Je suis un guerrier, je ne peux rester sans rien faire quand des promesses ne sont pas tenues. Je n’abandonnerai jamais. J’espère que vous non plus."

Wyclef Jean

Cliquez ici pour lire les 5 commentaires

  • C’est encore et toujours les autres qui doivent faire pour Haïti. Que la diaspora Haitienne se mobilise et rentre chez elle afin de reconstruire leur pays. Je n’entends que des complaintes sur la façon dont les étrangers font pour Haïti ou sur ce que ces mêmes étrangers ne font pas pour Haïti !!!! ASSEZ ! Faites par vous-mêmes et pour vous-mêmes ! L’insécurité et les viols ce ne sont pas les étrangers qui les commettent. Si je comprends Mr Wyclef Jean, les pays étrangers doivent vous donner l’argent et vous pensez mieux faire qu’eux ? Je n’en suis pas persuadé et l’histoire de la gabégie et du mismanagement le prouvent amplement. C’est d’abord l’Haïtien qui est à reconstruire mais çà, vous ne voulez certainement pas l’entendre. Si les classes aisées et cultivées se défient du peuple, le méprisent et l’exploitent éhontément et sans vergogne tout en chantant "Haïti chérie", il va falloir faire votre propre auto-critique dans la déchéance de ce pays ! Le rêve de tout haïtien c’est de fuir son pays au plus vite. TOUT sauf Haïti. Il vous faut de l’AMOUR et la FOI en Dieu au lieu de la FOI dans le MAL et la méchanceté. L’HOMME HAITIEN est le plus grand chantier qu’il va falloir construire. Courage !

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  • Wyclef Jean : "voici ce dont Haïti a besoin" 12 juillet 2010 18:15, par Mary

    Il n’y a qu’un mot à dire : BRAVO ! Bravo a ce chanteur, cette célébrité qui non seulement dénonce mais aussi et surtout agit. Chapeau bas M. Wyclef et continuons tous de nous mobiliser pour ce pays dévasté qu’est Haïti pour nos frères et nos soeurs qui n’ont rien demandé et qui souffrent.

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    • Wyclef Jean : "voici ce dont Haïti a besoin" 13 juillet 2010 01:51, par hoazin

      Et si la terre tremblait en Martinique ?

      Ce serait aussi un désastre et la faute de ces salauds de X, Y, Z et surtout d’étrangers non frères donneurs de fric, bien sur ?

      Les frères, les soeurs parce que noirs ?
      Mes proches voisins ne sont pas mes "frères" , pas plus que ceux des proches quartiers, des communes voisines, ni de tel pays ou se trouveraient d’autres pseudo-frères, car peut être ils sont de vrais salauds agissant mal avec le premier frère venu ; et n’importe quel blanc, chinois, indiens, rouges, verts, martiens ou autres, diraient la même chose. Banalité.
      Il faut arrêter d’employer des mots vides soit disant chargés d’une émotion sacrée.

      Que les frères qui voient des frères partout aillent les aider, ces frères, au lieu de gesticuler et donner la pseudo bonne parole, vrais pénards dans leur petit coin bien à l’abri.
      Se mouiller la chemise plutôt que de dire ya ka, faut faire, faut dire, faut se mobiliser, faut agir. Faut rime avec faux !
      La vraie solidarité se passe d’abord entre personnes qui sont dans la même merde. Elle ne se décrète pas, mais nait spontanément du coeur, par instinct de survie.
      La souffrance partagée est le seul ciment qui lie des hommes..pas forcément frères...Pour aider, il faut donc aller partager la souffrance d’autrui.

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      • OUI la terre a tremblé à la Martinique il y a deux ans après un cyclone dévastateur ! Il ya encore des maisons à la Martinique sans toiture ! Que nous a envoyé Haïti ???? Pas une boîte de sardines ! C’est çà la solidarité ??? A sens UNIQUE ! Charité bien ordonnée commence par soi-même. On ferait bien de s’en souvenir à la Martinique tout come ailleurs.

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  • Wyclef Jean : "voici ce dont Haïti a besoin" 13 juillet 2010 19:52, par Jerry Mike

    Mon Cher Clef,
    Je vous felicite pour tout. En tan qu’Haitien je vous remercie sincerement de votre initiative au sein de votre Organisation et votre maniere de faire les choses.
    Mais en ce qui a trait avec cette question posée :
    " Pourquoi ne pas organiser une coupe du Monde de football à Port-au-Prince ?"
    Je crois pas que nous encore sommes prêt à cela.

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