La Révolution peut-elle atteindre les DOM ?
TweetPar Franck Sainte-Rose-Rosemond *
Tout a commencé par les émeutes de la faim et de la vie chère, en 2008. Maroc, Egypte, Philippines, Haïti...les citoyens de ces pays ont crié leur difficulté à accéder notamment aux aliments les plus simples, dont les prix ne cessent d’augmenter. En Tunisie, en Egypte, au Yémen, mais aussi au Maroc, en Algérie, en Syrie ou en Lybie, la révolte gronde depuis début 2011, avec à son origine les difficultés économiques, qui rendent plus inacceptables encore aux yeux des peuples les injustices, la corruption et les privations de liberté.
En Europe, les Grecs, violentés par la crise et les mesures drastiques imposées par leur gouvernement, pris en otage par les institutions financières mondiales, ont été les premiers à manifester leur raz le bol d’un système qu’ils considèrent comme essoufflé. Et c’est aujourd’hui au tour des espagnols de prendre le relais, demain peut-être aux français. Plusieurs sociologues estiment qu’un effet de contagion se fait déjà sentir, portant de lieux en lieux ces mouvements contestataires. Partout, le message est le même, et dépasse les idéologies établies : Un autre monde doit être imaginé, plus juste et plus libre. C’était peut-être aussi le principal message de décembre 2008 en Guyane, puis de janvier et février 2009 en Guadeloupe et en Martinique. Les travailleurs étaient descendus en nombre dans la rue. Ils y étaient restés plusieurs semaines. Mais l’échec économique et social de ces mouvements ne doit pas masquer la réalité du désir de justice et d’égalité qui se manifestait là.
Mais en matière de révolution, le plus grave est peut-être à venir, chez nous. Celle d’une jeunesse nombreuse, et désoeuvrée. L’on se souvient de l’explosion des banlieues françaises après le décès de Zied et Bouna dans ce transformateur de Clichy-sous-Bois en octobre 2005. Toute une jeunesse exclue du système s’était soulevée contre les symboles d’une République élitiste, et d’une société injuste. En Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à la Réunion, plus de 60% des actifs de moins de 25 ans sont au chômage (INSEE). Un chiffre en croissance. Un chiffre dramatique en comparaison des taux continentaux. Un chiffre justement comparable à celui des banlieues que j’évoquais plus haut. Ici, les forces de l’ordre et les pouvoirs publics ont eu le plus grand mal à contenir en février 2009 les bandes de jeunes qui dès la nuit tombée sillonnaient les rues de nos capitales, avec le désir de participer à leur manière aux événements, et peut-être d’enfin devenir visibles. Mais depuis, rien n’a changé sous nos cieux. Pas d’états généraux de la jeunesse, peu de dispositifs pour inciter à leur emploi, peu d’espaces d’écoute et d’accompagnement adaptés à de nouvelles pratiques urbaines...à croire que nous préférons fermer les yeux, par impuissance.
En 1991, la jeunesse avait fait exploser le quartier du Chaudron à Saint-Denis de la Réunion, quand l’étincelle de l’interdiction d’émettre de la très populaire Télé Freedom avait véritablement mis le feu à la poudrière du chômage et de la misère. Quelle sera notre prochaine étincelle ? La Révolution peut-elle nous atteindre ?
FSRR
* Directeur de Publication de Politiques Publiques
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