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Mais qui est donc Gabriel Serville , le nouveau Député de la Guyane ?

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Publié le 16/07/2012

Par René Ladouceur

Gagné ! Chez certains militants, le scrutin n’est pas encore clos pourtant les jeux sont déjà faits. Les premières estimations dessinent plus qu’une tendance. C’est déjà un oui en faveur de Gabriel. Pas un petit oui. Pas un oui de raccroc. Pas un oui contestable. Mais un oui net, massif, presque brutal. Qui dira alors la jouissance du général vainqueur, retournant au siège du Parti Socialiste Guyanais au soir de la victoire pour y recueillir ses lauriers ? Gabriel Serville commence à avoir l’habitude de pareilles sensations, même si ce ne sont pas celles de ses glorieux aînés. On ne l’a pas encore entendu, tel Elie Castor, un soir de 1998 de retour de Sinnamary, à l’approche de Cayenne, entonnant un kassé kô des plus endiablés au fond de sa voiture. Autre situation, autres références, autre caractère aussi. Samedi 16 juin, sur le coup de 22 heures, l’homme qui, le portable vissé à l’oreille, vient de quitter le siège du parti et file dans la nuit n’a pas besoin de chanter pour clamer son bonheur.

C’est que Gabriel Serville avance à son rythme, sans à-coups, tel le vaisseau amiral d’une flotte qui affecte de penser qu’il est encore loin du port. Lorsqu’il gagne, il encaisse son avantage et recherche aussitôt le point d’équilibre qui prend en compte sa progression sans remettre en cause la stabilité de l’ensemble.

En 2010, lors des dernières élections régionales, de l’avis de ses camarades du PSG, il a été exemplaire. On l’appelait ? Il était là dans l’heure. On lui demandait un conseil ? Il le donnait. On recherchait une idée ? Il la fournissait. On ne suivait pas ses avis ? Il expliquait, expliquait, expliquait encore, jusqu’à emporter l’adhésion.

Il est ainsi fait, Gabriel Serville. Il adore prendre son temps. La brusque accélération n’est pas pour lui un mouvement naturel. Parfois il improvise. Et avec quelle maestria ! Mais ce n’est qu’une occasion qu’on saisit lorsqu’elle passe. Jamais un principe d’action valable sur la durée.

Un soir, au Novotel, à l’occasion d’un dîner-débat entre amis, le Proviseur du lycée Balata a mis en pratique cette méthode qui désormais le prolonge, l’inspire et l’habille. Même présence, même disponibilité, même discrétion dans l’expression de ses désaccords, même entêtement à convaincre. Lorsque, ce soir-là, il se fait apostropher sur sa position en faveur du vote des étrangers aux élections locales, Gabriel Serville ne se démonte pas. Pas à pas, sans jamais élever la voix, il conteste, esquive, biaise, s’enhardit, démonte l’argument de ses adversaires, avant d’imposer le sien. Sans coup férir. On le croit acculé, en vérité il fignole sa riposte. On le pense en difficulté, en réalité il soigne sa contre-attaque. Il ne lâche jamais rien, Serville. Et avant de bâtir du neuf, du beau, du clinquant, il vérifie toujours l’état des fondations. Faire table rase n’est pas davantage dans son caractère. Il préfère se livrer à l’exercice auquel d’ailleurs il excelle : celui de la prospective intellectuelle. Plutôt que de se répandre dans les journaux, il veut faire comprendre l’originalité de sa démarche par la proximité, le porte-à-porte, le face-à-face.

Son discours est à l’avenant. Des mots concrets, qui se fondent sur des valeurs et non sur un programme, qui s’arc-boutent surtout sur une méthode et non sur une idéologie : écouter avant de parler, débattre avant de trancher, consulter avant d’agir. Il y a là une maïeutique très subtile qui a pour effet de souligner les enjeux, d’isoler les différends et de créer, au total, les conditions les plus favorables au dialogue, voire à l’adhésion. Gabriel Serville n’a pas fini d’intriguer ses adversaires. Lorsque, en mars 2008, Il est entré au Conseil municipal, certains, à la Mairie de Matoury, ont trouvé qu’il ressemblait à un séminariste et ont pensé qu’on pourrait lui donner le Bon Dieu sans confession. D’autres ont dit que le Diable avait pénétré au cœur de la municipalité. Un diable aux allures de curé peut-être, mais un diable quand même !

Ancien prof de maths-physiques au Lycée professionnel Jean-Marie Michotte, il est plus fécond en histoire que nombre d’historiens, plus aigu en questions sociales que nombre de sociologues, plus original dans ses commentaires que nombre de journalistes. Il a surtout le don de lancer la réflexion qui mettra à mal les idées les plus confortablement établies. Un exemple parmi cent autres : parlant de l’avenir de la Guyane, tout le monde dit qu’il lui faut de toute urgence un projet de développement. Pas tout à fait, nuance Gabriel Serville. La Guyane a d’abord besoin d’une vision commune à tous ceux qui ont choisi de vivre sur son territoire. Autrement dit, oublions nos différences, notamment identitaires, pour privilégier nos ressemblances. C’est d’ailleurs l’idée qui chemine de part en part dans Pour le choix d’un destin commun, son ouvrage paru en 2008 et qui, dans sa préface, met en exergue cette délicieuse citation d’Elie Stephenson : « La Guyane est un pays qui a besoin d’avoir des référents ailleurs et prend l’imitation pour la réalité de son être ».

Gabriel Serville appartient clairement à cette génération de Guyanais pour laquelle la France n’est pas une mystique. Serville s’intéresse à Matoury avant de se passionner pour Paris.

Il faut dire qu’il connaît par cœur la sociologie guyanaise. Bassiste du groupe musical Kranmanioc, il a été le Président de l’Association d’Aide à la jeunesse de Guyane, le Gestionnaire du Centre d’accueil et d’éducation le Courbaril, le Secrétaire général des Forces Démocratiques Guyanaises et surtout l’animateur du Forum des citoyens de Guyane, un club de réflexion. Sous ses dehors affables, urbains, raffinés, le Secrétaire général adjoint du PSG ne manie pas moins l’ironie et le second degré avec un art consommé. On oublierait presque qu’il est un pur produit de la méritocratie républicaine. Titulaire d’une licence en mathématiques, il est né à Cayenne et vient d’une famille de trois enfants. Sa mère, couturière à domicile, a vu le jour dans un placer de la Haute Mana. Son père, lui, est arrivé en Guyane à l’âge de 18 ans, à la recherche de son propre père alors orpailleur et dont la famille n’avait plus aucune nouvelle. C’est ainsi que l’on devient un homme de gauche. Par cohérence politique et par capillarité sociale. Gabriel Serville préfèrera toujours la dure voie du travail et du mérite. Il a été boursier. Il ne l’oubliera jamais. Pour lui, rien n’est jamais acquis. Mais tout peut être conquis dès lors que l’on s’en donne les moyens. Et si tout peut être conquis, c’est évidemment grâce à l’école, en particulier celle des hussards noirs de la République. Lorsque Serville évoque ses souvenirs d’enfance, parfois ses yeux s’embuent de larmes mais deux noms se télescopent toujours dans sa tête : Gisèle Ducreux et Robert Weimert, la première à l’école maternelle et le second, à l’école primaire. Ces deux maîtres d’école lui ont permis de surmonter bien des difficultés qu’il rencontrait à la maison, notamment dans la maîtrise de la langue française. L’école, formidable machine à corriger l’inégalité des chances. On ne comprendra jamais rien au choix politique de Gabriel Serville si l’on ignore tout de cet épisode de sa vie. Choix et détermination. Choix d’enseigner. Détermination de s’inscrire aux FDG puis, de guerre lasse, au PSG.

Aujourd’hui, tout laisse à penser que Gabriel Serville, la cinquantaine fringante va, poursuivre son ascension en rassemblant derrière lui, hors de toutes autres considérations tactiques ou personnelles, des attentes, des souhaits, des projets, des aspirations mais aussi des déceptions, des doutes, des interrogations, des inquiétudes que la droite guyanaise a trop longtemps négligés en oubliant de rebâtir un discours politique qui ne soit pas le simple ressassement d’un catéchisme sans prise sur le réel.

Il est vrai que les conditions dans lesquelles l’ex-principal du Collège Auguste Dédé a installé, en moins de huit ans, son style, ses thèmes et sa place sur l’échiquier guyanais montre qu’on a affaire à un phénomène politique qui n’est pas simplement conjoncturel.

Le MDES a bénéficié à sa manière, au début des années 90, d’un pareil intérêt. Quand la mode a passé, on s’est aperçu que le parti qui prône l’émancipation sociale ne disparaissait pas pour autant et qu’il prospérait sur un profond mouvement de rejet des règles traditionnelles du jeu politique. Il exprimait donc un refus plus qu’une adhésion. Son succès s’apparentait à un coup de frein pour éviter l’embardée. Il répondait, au-delà des scores obtenus, à une crainte et non à un élan. Ce succès était du même coup difficile à gérer par tous ceux qui en étaient les héros. Heureux ou malheureux.

Pour Serville, la situation est assez différente. Le Conseiller régional PSG bénéficie d’un climat qui lui a permis de ne pas manquer son départ. C’était en 2004, date à laquelle il a rejoint les FDG. Depuis, il s’appuie sur un socle de convictions et d’aspirations désormais trop bien incarnées pour qu’il puisse subitement se disloquer.

L’essentiel est cependant ailleurs : le nouveau député de la Guyane jouit d’une notoriété et d’un capital de sympathie qui dépassent largement le cadre du PSG. Inspiré par son expérience professionnelle, provoqué par sa rupture avec les FDG, le servillisme est un mélange de transgression et d’audace. Il s’est construit dans la durée. Il est le fruit du hasard et de la nécessité. Il avait un objectif ultime : les prochaines élections municipales à Matoury. De ce point de vue, l’élection à la députation constitue pour Gabriel Serville un point d’appui capital, qui pourrait même l’inciter, si Christiane Taubira décidait à nouveau de jeter l’éponge, à lorgner du côté de l’Assemblée unique dont l’élection est désormais prévue en 2015.

Journaliste de formation et diplômé d’une école de communication, l’auteur est actuellement attaché au Pôle communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Guyane

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  • si une pénurie de cirage venait à se faire jour en guyane,il serait aisé d’en retrouver le responsable... que de grands mots et de propos melliflus !
    en fait, plus qu’un vote d’adhésion à gabriel serville (qui avait le grand avantage de bénéficier de l’étiquette "majorité présidentielle"), il s’est agit surtout, pour les rares électeurs ayant fait leur devoir civique, d’un rejet massif de son adversaire.

    signé : un citoyen que la vie politique et le journalisme "à la guyanaise" ne lasseront jamais de surprendre...

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