Sarkozy : "Aux Haïtiens de prendre leur destin en main"
Ce mercredi 17 février 2010, le président de la République Nicolas Sarkozy, s’est rendu en Haïti accompagné du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, du secrétaire d’Etat à la Coopération Alain Joyandet et de la ministre de l’Outre-Mer Marie-Luce Penchard.
Une visite programmée dans le cadre d’un hommage aux victimes du séisme du 12 janvier qui a fait au dernier bilan près de 217 000 morts, plus d’1 million de sans-abris et des dégâts matériels considérables ; et également rencontrer son homologue le président haïtien René Préval pour l’assurer du soutien de la France. Après un survol des zones sinistrées, le président N. Sarkozy a prononcé un vibrant hommage à la dignité du peuple haïtien dans ce drame, ainsi qu’un hommage à tous les personnels d’aide. Il a également abordé les relations historiques encore pour beaucoup douloureuses entre les 2 pays, et les conditions de l’aide internationale et de l’aide française.
Durant l’allocution du président N. Sarkozy devant le palais présidentiel, des manifestations sans incident se sont tenues aux alentours pour demander le retour au pays de l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide.
Les relations historiques
C’est la première fois depuis l’indépendance d’Haïti, que le pays reçoit un président français. A la différence des 5 autres délégations internationales venues depuis le séisme, la délégation française est la seule à avoir reçu les honneurs militaires et l’hymne nationale. Signe que cette visite a une portée bien plus importante que le seul aspect humanitaire, une portée historique symboliquement lourde.
Le président l’a évoqué dans son discours, « Ma présence en Haïti, la 1ere d’un chef d’Etat français depuis l’indépendance revêt une résonnance particulière. Il ne s’agit pas seulement dans mon esprit de tourner le dos au passé, celui d’une histoire commune et riche, d’’une histoire douloureuse, ne nous voilons pas la face, notre présence ici n’a pas laissé que de bons souvenirs. Les blessures de la colonisation ou peut être pire encore les conditions de la séparation, ont laissé des traces qui sont encore vive dans la mémoire des Haïtiens. Eh bien je suis venu dire au peuple haïtien et à ses dirigeants que la France, …, restera solidement à leur côté pour les aider à se relever et ouvrir une nouvelle page heureuse de leur histoire. La France sera à la hauteur de ses responsabilités, de son histoire partagée, de son amitié avec Haïti ». Sans le considérer comme une réponse sur ce point on peut noter les propos du président René Préval « Dans d’autres circonstances, cela aurait été un plaisir de célébrer en Haïti la venue d’un président de la République française. Mais cette visite intervient dans un moment spécial de deuil national. Nous pleurons nos morts ».
Pas de tutelle internationale
La visite du président N. Sarkozy fut précédée lundi et mardi de celle d’une délégation canadienne et étasunienne. Des critiques, en Haïti mais aussi sur le plan international, ont reproché aux Etats-Unis entres autres une certaine hégémonie dans la gestion des affaires haïtiennes depuis cette catastrophe. Le président N. Sarkozy s’est élevé contre toute mise sous tutelle du pays et l’a exprimé ainsi, « Mais à ceux qui tireront argument du dénuement actuel des haïtiens, qui caresseraient l’idée d’une tutelle internationale sur Haïti, je veux dire sans ambiguïté que le peuple haïtien est meurtri, que le peuple haïtien est épuisé, mais que le peuple haïtien est debout. L’aide internationale devra être massive, devra s’inscrire dans la durée, mais c’est aux haïtiens et à eux seuls de définir un véritable projet national et ensuite de le conduire parce que c’est de leur pays et de leur avenir qu’il s’agit. Le rôle de la communauté internationale et celui de la France c’est d’aider les Haïtiens à reprendre leur destin, le contrôle de ce destin. »
Il a souhaité également que l’aide internationale amène les Haïtiens à une indépendance économique durable. « L’effort de reconstruction devra créer les conditions en Haïti d’un développement durable endogène pour libérer progressivement les Haïtiens d’une dépendance à l’égard de l’aide internationale qui a étouffé l’initiative et l’activité d’un peuple dont chacun célèbre pourtant à travers le monde la créativité et le dynamisme. »
Le président a aussi délivré un message appelant à la création d’un pacte social à travers une refonte complète du système établi.
L’aide proprement dite, « La France fera un effort exceptionnel pour aider nos amis haïtiens. »
Le président N. Sarkozy a présenté enfin les modalités de la contribution de la France. Il a annoncé une aide d’un montant global de 326 millions d’euros, la répartition exacte n’a pas été précisée. Nous savons qu’elle comprend l’annulation de la dette haïtienne qui s’élève à 56 millions d’euros, 24 millions d’euros d’aide humanitaire d’urgence déjà débloquée, 65 millions d’euros représentant sa part dans l’aide européenne, 20 millions d’euros d’aide française ordinaire annuelle à Haïti, 40 millions d’euros de cession de matériel et 50 millions d’euros par an supplémentaires en 2010 et 2011 pour la reconstruction. Par ailleurs, la France mettra à disposition des moyens d’hébergement et des abris temporaires pour plus de 200 000 personnes.
Autres mesures, envoi de 250 véhicules (police, gendarmerie, ambulances, pompiers), reconstruction de l’hôpital Université d’Etat de Port-au-Prince, accueillir une centaine de fonctionnaires haïtiens dans les grandes écoles françaises (ENA entres autres), formation de 70 cadres et officiers de la police haïtienne, appui technique pour retrouver 300 détenus parmi les plus dangereux, mise à disposition d’un terrain d’un hectare dans le centre de Port-au-Prince (propriété de la France) pour reloger des services administratifs, envoi de 150 jeunes du service civique pour aider à la rescolarisation.
Une mesure emblématique de la coopération particulière avec la Martinique et la Guadeloupe, les universités françaises des Antilles et de la Guyane vont accueillir 700 étudiants haïtiens supplémentaires, avec engagement de clause de retour en Haïti au terme de la formation.
Les modalités de mise en œuvre de l’aide internationale à la reconstruction seront discutées le 31 mars au siège de l’ONU, réunissant les principaux pays donateurs à l’aide pour Haïti, à savoir Etats-Unis, Canada, France, Brésil.
