Elections : Le Front National bat la mesure
TweetPar Yves-Léopold Monthieux
Lors de l’élection présidentielle de 2007, on s’était réjoui que Sarkozy eût contribué à la défaite du Front national. Les spécialistes avaient hâtivement conclu à la disparition du parti de Jean-Marie Le Pen. Certes, on avait cru le leader historique irremplaçable, mais personne ne s’était dit que si ce dernier avait perdu la partie, les électeurs du parti ne s’étaient pas pour autant volatilisés. Ces derniers avaient tout juste apporté leurs suffrages à Nicolas Sarkozy. On n’imaginait pas davantage que le chef historique du front pût être avantageusement remplacé par sa fille. Mais les gages donnés à l’extrême-droite par un parti de gouvernement sont impossibles à tenir, s’il est vrai que la France officielle ne peut pas être soupçonnée, si peu que ce soit, de racisme et de xénophobie ou même de préférence identitaire. De sorte que le Président de la république ne pouvait que décevoir les électeurs préoccupés par la présence d’étrangers, trop visibles, à leurs yeux, tant dans la rue que dans les commissariats, et face à des organisations attentives au respect des droits de l’homme.
Nicolas Sarkozy ne pouvait que perdre en crédibilité auprès de cette frange électorale. Lorsqu’il a tenté de s’en rapprocher, notamment par le discours de Grenoble, la presse et l’opposition se sont chargées de l’en dissuader, c’est-à-dire, en fin de compte, de dégager la route du Front national. On ne voit pas ce qu’un débat ou une absence de débat sur l’identité pourrait changer à la réalité de la montée des intégrismes de toutes natures. Il se pourrait même que la défaveur de l’électeur d’extrême-droite à l’égard de Nicolas Sarkozy soit également considérée comme un défi non formulé à la justice et au conseil constitutionnel – la France officielle -, qui viennent, l’une, de condamner un ministre et un journaliste pour des propos xénophobes, l’autre, d’étriller une loi votée par le parlement.
Reste qu’il est difficile de trouver le juste milieu entre le traitement de l’immigration qui prend des proportions insupportables pour la majorité des Français et la conduite d’une politique qui, toujours selon le vœu des mêmes Français, ne doit pas être soupçonnée de xénophobie ou de racisme. Aussi bien, le Front national est en mesure de choisir aux présidentielles le parti du pouvoir soit en laissant filer ses voix dans une direction, soit en s’élevant à la seconde ou la première place au premier tour. Dans le contexte politique actuel il ne peut pas espérer porter sa candidate à la victoire, mais la présence de celle-ci au second tour, non plus face à la droite mais à la gauche, pourrait changer les moeurs politiques français. Son score devrait alors être nettement supérieur à celui de son père, en 2002, contre Jacques Chirac et les ralliements à son panache – venant de la droite - pourraient être plus durables et plus durablement préjudiciables à l’UMP.
On se rend bien compte que depuis François Mitterrand le Front national n’a pas cessé d’être un acteur ou un instrument de l’élection présidentielle. Se faisant oublier en cours de mandature il réapparaît à chaque échéance sous une forme ou sous une autre, faisant ricaner les uns et pleurer les autres, chacun à son tour.
Yves-Léopold Monthieux, le 20 mars 2011
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