François Bayrou confirme le danger du Tout-Pouvoir
TweetPar Yves-Léopold Monthieux
En votant oui à la consultation du 24 janvier 2010, les électeurs martiniquais ont commis une imprudence. C’est François Bayrou qui parle. Comme en 2003, il leur a été demandé de voter pour un principe sans qu’on leur donne la règle du jeu. Ils avaient dit non à ce qu’il considérait comme un « chat’en sac ». En 2010, ils ont baissé la garde. Les leaders du non de 2003 ont craqué. Ils n’ont pas su résister à la campagne de dénigrement venant de la gauche et de la droite contre les « Fè moun pè », les « oxydés » et les non-faiseurs d’« un tout petit pas ». Par ailleurs, ces dirigeants politiques se sont souvenus qu’ils avaient été durement sanctionnés en mars 2004, y compris par ces électeurs qu’ils avaient menés à la victoire en décembre 2003. Ils ont appelé à voter oui.
Selon François Bayrou, le 24 janvier 2010, les martiniquais ont voté pour un principe, celui d’une simplification administrative, celui d’une plus grande décentralisation. Ils ont d’abord rejeté, le 10 janvier 2010, le projet d’une collectivité d’outre-mer « dotée d’une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres ». Les martiniquais n’ont donc jamais demandé de changer le mode de gouvernance, ils n’ont jamais été consultés sur ce sujet. Ils ont même dit très exactement le contraire. Or aujourd’hui, tel le chat sortant du sac, une « organisation particulière tenant compte » d’on ne sait quoi est sortie du chapeau de la troïka formée par le président de la république, l’ancien et le nouveau président de la région.
La volonté de faire porter ce chapeau par le seul président de la République est en effet malhonnête : celui-ci a pratiquement travaillé sous la dictée, sauf en ce qui concerne les dispositions anticonstitutionnelles, des élus martiniquais, lesquels n’ignorent aucune des portes dérobées de l’Elysée où l’on en a que pour des Serge par-ci et des Alfred par-là. De même, il est troublant d’essayer de chercher des différences significatives entre les propositions de l’ancien et de l’actuel président, s’agissant du projet de gouvernance issu du conseil des ministres.
Forts de leur capacité à mener une liste de candidatures à la victoire, ils sont tous les deux opposés au vote uninominal. Le nombre et la détermination des secteurs de votes apparaissent comme des nuances parfaitement dérisoires. Par ailleurs, ils sont tous les deux favorables à un gouvernement local monocolore avec des conditions de contrôle impossibles à réunir par l’opposition. De même, tous les deux possèdent une parfaite conscience de l’énormité des pouvoirs que l’organisation électorale particulière accordera au vainqueur et, à l’inverse, du caractère résiduel et quasi résiduaire de la minorité. Ils en ont envie et en ont peur.
Les deux leaders manifestent à la fois leur gourmandise à l’idée de posséder une telle puissance que celle que leur offre le projet, et leur crainte de voir celui-ci tomber dans les mains de l’adversaire. Ainsi, la différence de point de vue exprimée par les antagonistes sur la bonification de 20% accordée à la liste victorieuse est loin d’être une affaire de principe ou de démocratie. Le président Letchimy est manifestement plus confiant dans la victoire que son prédécesseur : il est donc favorable à cette majoration qui lui profitera en cas de victoire et lui permettra de « placer » environ 40 élus sur les 51 membres de la liste. Son adversaire, qui n’avait pas boudé son plaisir de bénéficier d’une majoration de 25% lorsqu’il était président de la région, se trouvera dans la même situation de puissance s’il est le vainqueur en 2012, mais il n’en veut pas parce qu’il est moins confiant dans la victoire. D’ailleurs, dans un récent propos il a fortuitement envisagé la défaite.
Mais il est évident que Serge Letchimy serait moins à la ramasse en cas de défaite que son adversaire. Il est assuré de posséder une réelle opposition relayée par la ville de Fort-de-France (100 000 habitants, le quart des électeurs martiniquais) où il retrouverait sa fonction de maire en 2014 et par son mandat national qu’il conservera de toute évidence. C’est peu dire que la présence du RDMIM dans une opposition corsetée par les institutions pourrait conduire les partis qui la composent à un sort beaucoup moins glorieux.
François Bayrou termine en citant lui aussi Montesquieu et reprend à son compte la citation « … le pouvoir absolu rend absolument fou. »
Yves-Léopold Monthieux, le 29 janvier 2011
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