Letchimy/Pulvar : La mesure n’est pas l’ennemie de l’indignation
TweetDans toute situation familiale, professionnelle, associative, syndicale ou même politique, on doit faire attention à ne pas prendre de décisions avant d’être sûr de la possibilité de les mettre en œuvre. Car il n’y a rien de pire que de fixer des règles qu’on sait par avance qu’elles ne seront pas respectées et fixer à d’autres des exigences qui ne sont pas de votre ressort. Un exemple : on ne peut pas décider de refuser de payer les jours de grève des employés de certaines municipalités si on n’a pas les moyens de faire appliquer cette règle. On peut s’étonner de la propension de l’ancien maire de Fort-de-France devenu président de la Région à fixer des exigences irréalisables car concernant des domaines où il n’a pas la main.
Certes, on ne peut pas reprocher au président de la région sa capacité d’indignation et d’essayer de donner un prolongement à ce ressentiment. Son cursus personnel, sa jeunesse relative, sa filiation politique ainsi que sa formation le prédisposent plutôt à être rebelle à tout ce qui peut lui paraître injuste, et à agir. Il est normal que des hommes qui, étant en situation, utilisent leur aura, leur charisme, leur crédibilité ou simplement l’autorité morale que leur confère leur fonction pour tenter de peser sur certaines situations qui ne relèvent pas forcément de leurs attributions.
Cependant, comme pour tout, la colère est mauvaise conseillère et la mesure n’est pas l’ennemie de l’indignation. Ni le réalisme. Surtout pas le réalisme, lorsqu’on est un décideur de premier rang. Les observateurs avaient déjà été frappés par la demande de renvoi, faite par le maire de Fort-de-France, d’un ministre des sports pour cause de propos légers à l’égard d’une éminente personnalité du PPM et son souhait de voir révoquer un inspecteur de l’Education nationale déjà à la retraite, peu déférent à l’égard du fondateur du PPM. Des vœux pieux. Puis dans un style, certes, irréprochable il a en quelque sorte donné, suite à l’affaire des Roms, une véritable leçon d’identité européenne au gouvernement de la France. Comme on dit, cela ne mange pas de pain. Dans le même registre, cette fois proche du comminatoire, Serge Letchimy demande la réintégration immédiate d’Audrey Pulvar à son niveau de prestation habituel sur I télé. Tout est dans l’« immédiat » qui a dû sonner d’une drôle de façon aux oreilles des décideurs de la station de télévision.
Il n’est pas sûr qu’une telle intervention ne soit pas contreproductive s’il est vrai que le ton et l’accent de la missive régionale contrastent avec le doigté et la finesse intellectuelle avec lesquelles Audrey Pulvar a su développer sa forte et gracieuse personnalité et mettre à ses côtés, dans le débat développé au sein du PAF autour de sa personne, d’éminentes personnalités de la classe médiatico-politique.
D’ailleurs, lorsqu’on s’aperçoit que la journaliste martiniquaise s’est déjà installée depuis près de 15 jours dans une nouvelle grille qui paraît lui convenir parfaitement, l’intervention du président de la Région ressemble fort à un soutien de la 25ème heure.
Yves-Léopold Monthieux, 12 décembre 2010
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