Par Malik Duranty
« La philosophie d’aujourd’hui doit passer par le local avant d’atteindre le Global. »
Pascal Engel
Le local, c’est quoi ça ? Un terme souvent utilisé, semblant mobilisateur. Il y a la production locale, la préférence locale, la réalité locale, la gouvernance locale, la couleur locale, le développement local, le gouvernement local, le pouvoir local, le réseau local, l’animateur local ; tant d’arrangements sémantiques à la fois dans le langage scientifique, politique et populaire ; que le locale est concrètement incontournable.
Oui, bagay-la lokal !
Le local désigne une dimension territoriale, une certaine perception du territoire, donc une représentation de la territorialité ainsi qu’une origine d’appellation contrôlée. Le local est en tout cas le particulier d’un lieu-dit, une région, un pays. Il renvoie à la coutume et à la culture locale. S’entend alors local au sens d’une dimension territoriale comme celle de la municipalité, désignant de même un échelon du système politico-administratif de l’État décentralisé et déconcentré. C’est l’échelon de la Mairie, cette institution des plus autonome du système. Il porte la force symbolique de la démocratie depuis la révolution française. C’est un outil fondamental de démocratisation.
Au local, c’est soit la ville soit la commune, soit l’urbain soit le rural. C’est en tout cas, des quartiers fédérés en un ensemble pertinent. Le local est cette représentation de la proximité au sens de territoire et réseau vécus dans une certaine quotidienneté. Le local coïncide à une échelle de vie humaine qui se manifeste dans des lieux-dits et su culturellement. Le local est cette dimension de l’appropriation territoriale collective. Il fonde des revendications de possession, de proximité et des sentiments d’appartenance originelle. D’une façon comme d’une autre, nous sommes tous rattachés et attachés au local.
Local et pouvoir !
Posons-nous alors la question de savoir ce que le localisme instruit comme réflexion ? Et, en ces temps actuels de notre société, intéressons-nous plus encore que de coutume, à la démocratie. Celle dite démocratie locale.
Cette démocratie située qui serait l’efficace. Elle renvoie à la nécessité d’une problématisation de la conception du pouvoir local. Un pouvoir local qui poserait comme postulat d’être adapté aux particularités locales. Alors, s’impose le questionnement : Comment penser la démocratie locale au profit des citoyens ? Comment exercer le droit à l’information et à la mise en application du principe de participation ?
C’est pour cela qu’il est irrésistible à l’approche des élections municipales, de mener une réflexion sur le local. Pourquoi ? Et bien, nous pourrions avoir la sensation que ces échéances perdent de la valeur dans nos représentations culturelles et politiques.
Oui, il semblerait que ces élections servent aujourd’hui de grands sondages relatifs à la politique gouvernementale ou régionale. Ses résultats coïncideraient à une sanction ou une non sanction de cette politique du centre étatique et cette politique du centre de la périphérie. Voilà la création de l’enjeu de concordance politique. Et au final, voilà que les débats sont détournés sur des considérations stratégiques au niveau national (français) ou régional.
Or, la commune est ce symbole de l’autonomie du populaire, un symbole de l’autonomie du local : le pays. Et donc, il y a précaution à prendre. Car, le local est l’affaire des locaux. Il faut transiter vers ça et considérer ça.
Car, les paramètres du régional et du communal sont des paramètres de lieu, d’environnement linguistique, de référent à une ou des cultures locales. Le local doit donc être considéré à part entière. Puisque toute matière et champ de compétences de la municipalité influe sur le local. Et rien d’étonnant pour s’en convaincre que de constater son emprise sur le quotidien. Ainsi, une grande attention se devrait pour éviter les querelles de clocher qui stérilisent et/ou biaisent notre relation culturelle au local. Puisqu’il est nécessaire que nous prenions le temps de mesurer l’impact du clientélisme agissant dans la perception tronquée du pouvoir d’agir par la proximité. Les raisons des temps anciens ont disparu par la mutation culturelle du Pays. Lui victime de l’assimilation à l’individualisme et à l’égocentrisme a vu s’aliéner les valeurs et principes autonomique de notre société. C’est la conséquence d’un démantèlement des familles qui faisaient office de fief politique et d’institution clé de notre organisation sociale et de notre appétence collective au niveau sociétale.
Empiriquement local !
Souvenons-nous des dernières élections régionales, lorsque certains observateurs commentaient cette campagne en parlant de municipalisation de son propos. Par cela, il était entendu plusieurs types de compréhensions. Celle de la municipalisation au sens des débats focalisés sur des bilans municipaux. Celle au sens des débats focalisés sur le système de péréquation entre la région et les communes et villes. Celle au sens des futures élections municipales faisant partie des stratégies de tractions politiques pour la constitution des listes et des alliances. Là, il pourrait y avoir l’indice d’une forme d’engouement politique.
Pourtant, cela n’empêche que les élus de la municipalité soient élus par des minorités. Un état de fait qui n’engendre aucun effet positif sur la municipalité et sa force d’agir. C’est une désaffection pour la participation la plus élémentaire pour un citoyen. Désaffection pour la participation à tout type de scrutins en général et en particulier au scrutin municipal. Pourtant, ne voilà-t-il pas une institution politico-administrative qui devrait retenir notre attention. Elle qui devrait déclencher une participation massive.
Car, la participation dans un système démocratique représentatif est la jauge de la force politique dont dispose l’équipe politique élu (le pouvoir de la légitimité). En découle alors une plus grande responsabilité pour les élus plébiscités par une part réelle de la population. Le vote ainsi considéré comme une adhésion à une vision politique, et coïncidant à un engagement citoyen à la participation. C’est le gage d’une vie politique dont la participation témoigne de l’appropriation citoyenne et populaire des formes et dimensions d’engagement essentiel. Définissant les dimensions factuelles de la proximité déterminées par l’expertise du quotidien des acteurs…
C’est ainsi que prennent force les pouvoirs publics attribuables aux collectivités locales. Alors, être locavore à quoi bon, si l’on n’assure pas cette essentielle démocratie locale. Celle relative à une proximité typant un vivre-ensemble démocratique par le biais de la responsabilité partagée et collective. Responsabilité s’énonçant comme « assurer et assumer les rencontres et les relations du vivre-ensemble ».
Le local confondu !
Le local coïncide à deux échelons politico-administratifs : celui de la collectivité locale et celui de la collectivité territoriale. Cela pouvant entrainer quelques difficultés de lecture de la subsidiarité inscrite dans les référentiels de politiques publiques. Et aussi, celle incluse parfois dans la volonté politique, faisant objet de débats interinstitutionnels : qui sera le chef de file de telle politique ?
En effet, dans la diversité des luttes institutionnelles, il y a le jeu de concordance politique. Concordance qui s’inscrit entre collectivité locale et collectivité territoriale. Le système politico-administatif est ainsi influencé par le clivage de la scène politique. Des luttes qui s’exerçant en inter et en intra institutionnel, dirigeant à une logique de préférence associée à une logique de discrimination. Ce qui a longtemps contribué au dit mal développement de la Martinique pour des raisons de préférences et sanctions politiques. Les rouages du système sont ainsi instrumentalisés quand sa hiérarchisation est appliquée par une logique de domination et un tout venant du haut.
En résulte alors, une tendance au centralisme qui s’est fortement développée en même temps qu’une uniformisation du regard sur le local. D’où, les particularités locales unies faisant la Particularité Martiniquaise, ne peuvent participer à la fondation d’une vision du développement territorial du Pays au 34 pays. Voilà le fruit d’une assimilation politique au centralisme mimé dans nos raisonnements politiques.
C’est pourquoi, il semble primordial que cette période de campagne coïncide à un moment de réflexion sur la place du local à toutes ses dimensions. Car, en ces temps de transition vers l’assemblée unique, il est primordial que nous pensions la réforme.
Cette transition dans une transformation systémique s’inscrit dans la transition démocratique de notre société. Cette dernière qui a d’atypique de se faire par un processus de décolonisation par l’assimilation plutôt que par l’indépendance et la « greffe de l’État ». Fort heureusement, cette assimilation est détournée de son intention occidentale par nos propensions au détour et donc par la créolisation. C’est-à-dire à la création par mélange aléatoire d’une adaptation à nous, par nous, pour nous.
Car, inexorablement le local revêt une importance capitale dans la transition et consolidation de la culture politique du Pays ; allant dans la dynamique toujours nécessaire de démocratisation. C’est ainsi que démocratisation rime avec épanouissement.
Le local épanouissant !
De la haute nécessité de préservation du patrimoine naît le besoin de notre épanouissement culturel. Lui faisant de notre construction identitaire une somme d’identités-relations. Elle nous adaptant aux réalités territoriales, aux langages des lieux et de leurs gens : les témoins. Elle nous ouvrant à l’ailleurs en connaisseur de nous-mêmes. Tout cela pour nous faire vivre en proximité avec nous-mêmes et nos paysages. Ainsi, un Pays sage connaît ses pays. Et, Il sait les garder unis en relation. Cela pourrait nous inspirer sur la façon que nous avons de considérer les relations interinstitutionnelles.
Car, subsidiairement parlant, le local est propice à l’autonomie. C’est l’échelon propice à une satisfaction des besoins de proximité. Il est idéal à la considération de l’autosubsistance alimentaire et énergétique. Encore des raisons du quotidien. Il est idéal en considération du développement de l’artisanal et des services de proximité d’une économie à l’échelle humaine et essentialiste. Pour l’écologie et le bien-être, il est super intéressant. Le local est ce premier rayon territorial où prend sens l’éducation. Il permet l’exercice d’une coéducation reliant famille et institutions à mission éducative de développement culturel.
Cela nous suggère que l’autonomie du local est primordiale à l’autonomie du territorial. Sans oublier que le territorial en sa version régionale constitue un possible contre pouvoir à l’État central.
Le but est donc de générer de la décentralisation de fait. Cela par une créolisation entrainant l’autonomisation volontaire et populaire. D’où, la question que soulève le local, au sens de particularité d’un lieu, d’une région et/ou d’un pays, qui est celle du développement local prenant en compte les coutumes et la culture locale. De là, nous semble-t-il que le développement local et sa destination suivent les pas de notre appropriation. Cette dernière qui serait aussi le fruit d’une créolisation de la démocratie locale. Elle qui nous amènera à l’engagement participatif, une culture politique participative. Là où, notre quotidien serait de notre affaire…
Ainsi, allant de pair développement local et démocratie locale rendent au système politique une vision humaniste dont la participation est la force du collectif par la proximité générant du lien et de la cohésion sociale propices à l’émancipation. Telle est la voie… de notre réforme pour nous-mêmes…











Vos commentaires
1. Le 23 octobre à 13:47, par Charles Rano En réponse à : Local, yen ki lokal…
Oui Madame, le tout local est un non sens, mangez local aussi. c’est un slogan politiquement inappropriée pourquoi ? Parce que les produits locaux interdisent à ceux qui n’ont pas un revenu correct d’acheter. Retraité du fonctionnariat avec mon épouse moi des hôpitaux , mon épouse de l’enseignement. Chaque samedi nous nous rendons sur le marché de Fort-de-France, nous disposons d’un revenu correct et nous constatons des prix plutôt prohibitifs des produits locaux. Honnêtement comment faire pour des gens qui n’ont pas de moyens suffisants, c’est scandaleux. Moralité, les gens sont dans l’obligation d’aller dans les grandes surfaces. Ceux qui disent achetez local ne connaissent pas la réalité de notre Île. Pour tout localiser il faut qu’ils demandent l’indépendance sans importation. Ils verront.
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2. Le 25 octobre à 09:27, par Sonson En réponse à : Local, yen ki lokal…
Malik Duranty, merci pour cette circumnavigation progressiste martiniquaise.
Une réforme pour nous même, des conseils pour nous autres, de la démocratie locale, du développement locale, de l’humanisme, de la force collective avec un zeste de proximité et de cohésion : mésié ! mi bèl ti risèt makadam !
Merci, petit-grecque de l’enville.
Les nouvelles générations "intellectuelles" semblent en bonne voie pour la relêve locale. Mangrove, obscurité et logorrhée. Pour l’écologie et le bien-être, c’est super intéressant.
Ok. Un pour le local, tous locaux ! nous essaierons de ne pas oublier que le local, qui est territorial en sa version régionale, constitue un possible contre pouvoir à l’État central. Puisan !
Ca c’est de la pertinence et de l’innovation !
Encore merci pour cette réflexion 2.0. C’est ainsi que démocratisation rime avec épanouissement.
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