Compétences : je veux, moi non plus
"C’est l’histoire des deux convives pétris de bonnes manières. Ils avaient tous deux grand faim et devaient se partager deux parts inégales au restaurant. Sers-toi, dit le premier. Je t’en prie, à toi d’abord, répond le second. Mettant un terme à cet assaut de politesses, le premier finit par céder en se servant la plus grosse part. Ce n’est pas bien, lui reproche alors le second. Le savoir-vivre voudrait que tu te gardes la plus petite. Tu crois, lui rétorque l’autre ? Mais qu’aurais-tu fait à ma place ? Eh bien, je me servirais la plus petite. Alors, pourquoi tu te plains ? C’est bien celle que je t’ai laissée, conclut son ami. C’est bien ce que tu avais voulu pourrait dire SL à AMJ.
En effet, cette anecdote rappelle un peu la position des 74zistes qui reprochent à Serge Letchimy de solliciter les pouvoirs nouveaux dont ils s’étaient fait les défenseurs le 10 janvier dernier. Vous les avez refusés dans le cadre du 74, disent-ils, alors nous ne les voulons pas dans le 73.
Ce discours qui frise l’enfantillage pourrait se classer sous la rubrique de l’immaturité politique, sauf qu’en réalité il semble révéler la volonté de faire du 74 dans le 73. C’est apparemment le reproche fait par l’ancien président de la Région au nouveau.
"Vous vouliez des compétences ? Eh bien, je vous les donne", pourrait dire au MIM – RDM le président de la République qui, selon Victorin Lurel, « souhaitait mettre fin au statu quo et … a astucieusement posé, d’abord une question repoussoir, puis deux semaines après, la question institutionnelle qui seule l’intéressait ». Bref, il n’y aura certainement pas de scène homérique sur ce point entre AMJ et SL.
Aussi, ce désaccord proclamé entre les deux parties ressemble fort à de la poudre aux yeux. Cependant il ne peut pas cacher l’essentiel : l’accord parfait sur la suppression du département et de la région et sur l’articulation du pouvoir local entre l’exécutif et le parlement.
Les deux autres différends me paraissent moins fondamentaux mais plus sincères car ils expriment un intérêt majeur pour les partis politiques et leurs dirigeants. La question est de savoir qui dirigera la Martinique dans les prochaines années, qui sera le Président "de la Martinique", pour reprendre l’expression du maire de Paris, s’adressant à SL. L’un des leaders a le temps pour lui, pas l’autre. C’est de toute évidence là et pas ailleurs que réside la confrontation entre les protagonistes du changement statutaire. Seul ce sujet pourrait faire obstacle à un accord parfait.
Ainsi le RDM, qui ne comprend que des élus territoriaux, serait vent debout pour la proportionnelle intégrale. Il est encore très fort cet AMJ.
YLM. NB : Le Conseil d’Etat aurait (conditionnel) tout récemment pris (d’initiative ?) une décision interprétative de l’arrêt Joseph Virassamy. Les Martiniquais seraient donc invités à oublier l’expression « assemblée unique » contenue dans cet arrêt. Il faudrait lire "collectivité unique", rien que "collectivité unique". Si c’est le cas, c’est la confirmation que toutes les institutions politiques et judiciaires sont mobilisées sur le sujet en direction du même cap : gauche, droite, extrêmes droite et gauche, conseil d’Etat, conseil constitutionnel, presse ... La volonté du peuple pourra-t-elle y résister ?
JV nous dira sans doute ce qu’il en est de la décision du CE.
Faire une recherche
Soutenez-nous !
Vous pouvez soutenir Politiques Publiques en faisant un don via Paypal. C'est simple, rapide et sécurisé !


