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Ne pas donner le Tout-Pouvoir à un clan politique

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Publié le 28/01/2011

Par Yves-Léopold Monthieux

En déclarant avec force que le projet institutionnel en cours donne le Tout-Pouvoir à un clan politique, Miguel Laventure reprend en réalité l’idée principale qui ressort des déclarations de Serge Letchimy et Alfred Marie-Jeanne. Selon l’actuel président de la région « le retour au passé », sous-entendu celui de son adversaire, serait catastrophique pour la Martinique. Pour son prédécesseur le plus grand danger pour la Martinique serait « la confiscation de tout le pouvoir par un seul camp politique ». Ces propos sont d’une égale intensité dramatique et expriment la reconnaissance unanime que le scrutin électoral, suivi par le mode de désignation de la future gouvernance, confèrera au futur dirigeant de la collectivité unique un pouvoir politique exorbitant. Ce jeudi soir sur ATV, aucun des représentants des partis politiques n’a dit non à Miguel Laventure.

La culture martiniquaise de la majorité au sein des assemblées

Le fonctionnement du département et de la région se caractérise par une constante qui peut être regardée comme un élément essentiel de la culture politique martiniquaise. Il ne serait pas exagéré de considérer cet élément comme un instinct majoritaire qu’on pourrait traduire par un instinct d’efficacité. En effet, jamais une assemblée locale régionale ou départementale n’a été empêchée de fonctionner pour défaut de majorité de travail, alors qu’à trois reprises les majorités de camp politique ont manqué entre 1983 et 2004 au conseil régional.

Le scrutin proportionnel dénaturé s’oppose à la pluralité

Par ailleurs, aucun courant politique nouveau n’a été généré sous l’empire du scrutin proportionnel en vigueur à la région depuis la création de celle-ci. Seul le scrutin majoritaire uninominal du conseil général a pu permettre l’émergence au niveau départemental d’élus territoriaux porteurs d’idées nouvelles, comme ce fut le cas pour le mouvement écologiste martiniquais. Désormais, avec la disparition du scrutin territorial tout particularisme sera, au mieux, noyé dans le camp du Tout-Pouvoir ou disparaîtra purement et simplement de la représentation élective. Quoi qu’il en soit, le souci d’éviter les inconvénients d’un scrutin proportionnel intégral, imposé en dépit des arguments qui précèdent, aura conduit à dénaturer ce mode de désignation dont l’esprit est, en principe, de favoriser la plus large représentation politique possible au sein des assemblées. A trop vouloir rogner les ailes de ce système, c’est très exactement l’inverse qu’on obtient.

L’hégémonie politique est possible sans enfreindre le droit

Enfin, les déviances d’un scrutin qui conduit à l’instabilité politique sont décelées en temps réel parce que les dysfonctionnements sont immédiats et que la nécessité de porter remède s’impose. La loi peut à tout moment y mettre fin. C’est en quelque sorte une opération chirurgicale. C’est le cas de la Polynésie française qui n’est pas comme nous animée par l’instinct majoritaire. En revanche, les dégâts causés par le pouvoir autocratique s’accumulent et se prolongent de façon insidieuse et quasiment irréversible, davantage par une pratique vicieuse de la gouvernance et la violation de l’esprit de la règle que par des entorses caractérisées faites à celle-ci. Si le blocage des institutions du gouvernement local donne l’alerte en cas d’instabilité, aucune alerte institutionnelle efficace ne met en évidence certaines pratiques déviantes et sournoises du pouvoir autoritaire, peu identifiables quoique réelles et parfaitement ressenties. Celles-ci permettent au pouvoir d’étendre son hégémonie et de porter atteinte à la démocratie sans forcément enfreindre le droit.

28 janvier 2011

Cliquez ici pour lire les 13 commentaires

  • Qu’importe l’intensité du pouvoir, tant qu’il y a possibilité de vote, donc d’alternance ! En outre, l’Etat est garant du droit et de la Constitution… Le scrutin, quant à lui, pourra sans doute être ajusté, en particulier lorsqu’il y aura alternance au niveau national (français).

    Pourquoi craindre sans cesse l’autocratie dans un système aussi encadré et parcellaire du pouvoir !????
    "Confiscation du pouvoir ?", c’est complètement à côté de la plaque... Il s’agit D’ALTERNANCE !!! En aucun cas, une direction collégiale et un pouvoir partagé... ce qui confisquerait le principe de la démocratie, qui est le choix !

    Il impératif qu’il y ait une opposition… mais comment imaginer qu’il n’y en ait pas ! A part, bien sûr, si les électeurs souhaitent l’écarter dans l’absolu... ce qui est impossible ! Ne pas minimiser non plus les organes de communication des oppositions… nombreux, même s’il est souhaitable qu’ils se développent davantage ; et libres !

    Bref… il s’agit vraiment de masturbation des méninges…

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    • Pour rappel, lechimy du ppm est pour la prime majoritaire de 20 %, et un découpage en 9 de la Martinique (passer à 8 devant le président de la république). Les autres parties politiques sont contre la prime majoritaire de 20 % et ce découpage, et préfèrent s’atteler sur le découpage législatif.
      Il préfère réduire cette prime à beaucoup moins voire la supprimer pour une meilleure représentativité des tendances politiques . Et de manière générale, les propositions émises dans le projet de loi du gouvernement ne concordent pas toutes avec les demandes de nos élus. Loin s’en faut.

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  • Je suis parfaitement d’accord avec votre analyse YLM, dans un premier temps, j’ai été agacé par la réticence de SL, vis à vis de ce mode de scrutin, mais je n’avais pas tenu compte alors dans mon raisonnement de la majoration de 20% associée au mode de désignation de l’exécutif. C’est un exercice très paradoxal que d’expliquer les dangers d’un tel mode de scrutin, quand on caracole dans les sondages, et qu’on a le vent en poupe, surtout quand on a comme SL soutenu initialement la proportionnelle dans des déclarations antérieures.

    J’en tiens pour preuve que même MNB, dont les commentaires m’ont souvent surpris par leur qualité d’analyse, ne perçoit pas le coté pervers de ce mode de gouvernance, qui va conduire exactement à l’inverse des avantages que la proportionnelle est supposée apporter.

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    • Le système, n’est pervers qu’à la marge… pour moi, une majorité absolue permet à un parti de détenir les pleins pouvoirs, certes, mais il lui permet d’avoir les coudées franches afin de se consacrer pleinement à son travail d’élu. La perversité réside dans le fait que la voix de l’opposition paraît moins audible et bien sûr, si le financement de l’opposition inclut cette prime au majoritaire… D’après moi, le poids des mots pour toute opposition, peut être tout à fait équilibré s’il utilise les moyens qui lui permettent que l’on l’entende, au delà même de l’assemblée élue. Pour le financement, il ne me semble pas que le mode de financement des partis ait changé…
      Je rappelle, à toutes fins utiles, qu’à aucun moment ce changement institutionnel, n’interfère dans l’application des principes démocratiques… qui a tant de formes possibles, avec toutes, avantages et inconvénients... La nouvelle entité n’étant pas dépositaire non plus, de beaucoup plus de pouvoirs que les précédentes réunies…

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      • Je crois MNB que vous sur-estimez le contre-pouvoir non officiel.
        Pour avoir déja instruit une requète au CC en individuel. Je peux vous assurer que quand on n’est pas un élu, et qu’on ne peut pas bénéficier du soutien d’un des leurs, on est obliger d’avaler bien des couloeuvres, bien des injustices. Le citoyen lambda, même dans les conditions actuelles du droit commun ne représente pas grand chose. Refléchisser bien à ceci ! Je parle en connaissance de cause !
        Je ne peux pas vous en dire davantage sur le net. Mais je suis favorable à tout ce qui va à l’encontre du pouvoir absolu. Le pouvoir change les hommes à un point que vous ne pouvez pas imaginer. Ce mode de gouvernance et de scrutin, c’est un véritable boulevard pour le clientélisme sans scrupules !
        Je ne veux pas d’une république bananière en Martinique !
        Je vous assure que c’est l’intérêt de tous que cette assemblée comporte en son sein la voix des oppositions. Au dela de toute analyse, c’est tout simplement une question de sagesse la plus élémentaire. Réfléchissez-y, et c’est tout à l’honneur de SL de le reconnaitre, il nous prouve là, son gout pour la démocratie, car je suis certain qu’il sera élu à la tête de la collectivité. C’est un très vilain tour que nous a joué là, le foutriquet de l’Elysée. C’est un trait caractéristique de la personnalité de Sarkosy, il ne s"adresse qu’aux puissants, qu’aux élus, qu’aux élites, qu’aux vainqueurs, qu’à ceux qui ont su vaincre, comme lui les épreuves de sélection. L’individu ne compte pas ! Seul compte le titre !

        Petite précision, YLM et moi ne partageons pas les mêmes convictions politiques, mais souvent nos réflexions convergent en ce qui concerne l’intérêt général.

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  • Ne pas donner le Tout-Pouvoir à un clan politique 28 janvier 12:27, par G. Binet

    Bonjour Monsieur Monthieux :

    (Je crois que tout le monde apprécie vos interventions toujours pertinentes et plaisir à lire.)

    On ne devrait pas donner le Tout-Pouvoir à un clan politique.

    Pourquoi alors donner le tout-pouvoir a un clan économique ?

    Il y a une discussion a propos des biens - disons – de certains ici. Pourriez-vous vous pencher sur ce sujet un coup ?

    Merci

    (Vous auriez remarqué que le « Jasmin » tunisien aurait été déclenché par l’immolation de Mohammed Bouazizi qui se plaignait entre autre de la main mise de la famille Trabelsi sur l’économie tunisienne.)

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    • « On ne devrait pas donner le tout-pouvoir à un clan économique. »

      Ah bon ? Sur quelle planète êtes-vous ?

      L’oligarchie laisse les autochtones dans leurs politiques et les autochtones n’inquiètent pas l’oligarchie. Lire la fable La mère et l’enfant têtu.

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    • j’espère que c’est une blague ?

      Que cette comparaison entre le régime tunisien de Ban Ali et la situation martiniquaise… !!!???
      Vous, avez TOUT POUVOIR, Mr Binet, de devenir suffisamment riche et puissant, afin de parvenir à supplanter ce clan économique… vous avez liberté de vous assembler, faire du commerce, aller et venir, penser et partager votre pensée, informer, etc, etc, etc… Et si vous vous sentez malhabile dans notre petit île afin de constituer cette richesse qui vous permettrait d’acquérir ce foncier dont vous rêvez tant (et que bien évidement, altruiste que vous-êtes, vous rêvez de redistribuer cette terre au PEUPLE…)… qu’à cela ne tienne, le monde, avec votre passeport français, vous ouvrira ses portes, afin de réaliser vos désirs !!! Sisi

      Cependant, ne comptez pas sur l’altruisme de la partie adverse pour la partager…
      Ne pas compter non plus imaginer la disparition du principe constitutionnel de propriété privée…
      Je n’imagine même pas que vous ayez en horreur la propriété !? et que vous prétendiez comme un Proudhon : «  Je prétends que ni le travail, ni l’occupation, ni la loi ne peuvent créer la propriété… la propriété, c’est le vol.  »… il m’a semblé en effet que la convoitise vous guide davantage que l’égalitarisme anarchiste.

      Bref

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      • Ne pas donner le Tout-Pouvoir à un clan politique 28 janvier 16:55, par G. Binet

        Salut,

        Je doute que la Martinique soit comparable à un autre endroit du monde. Ce que j’ai mal exprimé ici est la corrélation entre les monopoles économiques oligarchiques et familiales et les révoltes.(La Tunisie faisait nouvelle.) Pour vous les monopoles sont circonstanciels. L’autochtone peut faire richesse comme l’oligarque. Rien ne l’empêche. S’il ne la fait pas, c’est son affaire. Je pense qu’il y a injustice dans le système ici. (Ce n’est pas une coïncidence que les richesses oligarchiques ici trouvent leurs sources dans l’injustice de l’esclavage, par exemple.) Ben Ali, qui en son temps a fait un coup très populaire contre H. Bourguiba, est a Ryad aujourd’hui parce qu’il a conduit une monopolisation (sauvage) de l’économie suite a son alliance avec la famille Trabelsi. Ni justice ni paix n’est pas seulement un slogan de la rue et jamais une plaisanterie. Merci

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        • Je pense que cette oligarchie dont vous parlez est sur son déclin… pas forcément financièrement… puisque la finance n’a pas de frontière et les activités économiques non plus… mais sur place, ici, l’influence, la main mis, qui fut la règle, petit à petit se désagrège… je pense aussi qu’il y a une certaine forme d’injustice à ce que ce soient les mêmes familles, autrefois criminelles, qui aujourd’hui profitent financièrement et patrimonialement, du crime. Mais le fait que les criminels n’aient pas payé, en leur temps, n’oblige en rien leur descendants, de payer à leur place… La révolution n’a pas été en Martinique, nous pouvons en être amers… mais nous avons tout loisir de rétablir l’équilibre, avec les armes de la créativité, du génie d’un peuple. Pour cela, il est préférable de se libérer des chaines de l’aigreur, de la rancœur et de la couleur… et nous en avons les moyens.
          La révolution tunisienne… je souhaite grand courage à ce peuple… pour qu’il conquiert le pouvoir démocratique de décider pour soi-même. Mais je sais que la même oligarchie, pour un temps, avant qu’une autre la remplace, règnera toujours sur ce petit pays.

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  • Un des grands mérite de ce débat sur le mode de scrutin aura été de replacer la question de la démocratie sur le terrain du politique en la purgeant du psychologisme dans laquelle certains l’avaient, par démagogie, enlisée. C’est en effet d’abord le système et non la personnalité qui rend possible les dérives autocratiques. C’est en conséquence d’abord à ce niveau qu’il faut les prévenir. Il s’agit maintenant d’avoir le courage et l’intelligence de vider complètement l’abcès. La "jeune" Droite, à l’étonnement de tous, a bien commencé en dénonçant le tabou du cumul des mandats. Comme le disait ma mère : "lavi long, lavi gran !" Et ceux qui misent sur la régulation par renforcement du pouvoir du Préfet se trompent lourdement. D’une part, et cela est vérifiable, parce que le fonctionnement démocratique actuel s’accomode des dérives autocratiques ; d’autre part, pour la simple raison tout aussi vérifiable, que les dérives en tout genre de la périphérie ne gênent pas vraiment le pouvoir central tant que la primauté de ses intérêts politiques et stratégiques est assurée. C’est d’ailleurs là, la principale mission du Préfet ; ce sera celle aussi du super Préfet.

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    • Obéro, tu as raison de rappeler cette histoire de super-préfet !

      Mais je vais te faire une confidence, mon cher .

      En effet j’en ai parlé en ces termes, sans jamais préciser, ni relever quand je me suis apperçu que ce que j’avais écrit à ce sujet là, ne correspondait pas exactement à ce que je voulais exprimer. J’ai écrit

      "Le super-préfet étant prévu pour jouer le rôle rassurant une fois que la situation se sera bien dégradée de sauveur et de garant de l’ordre républicain au nom de la mère patrie."

      En fait je n’y crois pas réellement et je pense que c’est effectivement un mythe créé pour rassurer les gens en leur disant, ne craigner rien si ça se passe mal on sera là par super-préfet interposé. j’aurais du mettre super-prefet entre guillemets , cela aurait été plus clair. C’est con, mais j’ai utilisé super-préfet avec dans la tête une image de superman déchirant sa chemise et dévoilant un uniforme avec un gros P en lieu et place du S de superman.
      Ha ... ! Culture BD ! quand tu nous tiens ! Depuis chaque fois que je relis ce mot "super-préfet", je rigole comme un idiot, mais je ne crois pas que Sarko ait jamais utilisé ce mot de super-préfet, je me trompe peut-être mais j’ai l’impression que c’est moi qui ai sorti cette connerie et depuis ça me colle aux basques comme un vieux chewing-gum.

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