Ne pas donner le Tout-Pouvoir à un clan politique
TweetPar Yves-Léopold Monthieux
En déclarant avec force que le projet institutionnel en cours donne le Tout-Pouvoir à un clan politique, Miguel Laventure reprend en réalité l’idée principale qui ressort des déclarations de Serge Letchimy et Alfred Marie-Jeanne. Selon l’actuel président de la région « le retour au passé », sous-entendu celui de son adversaire, serait catastrophique pour la Martinique. Pour son prédécesseur le plus grand danger pour la Martinique serait « la confiscation de tout le pouvoir par un seul camp politique ». Ces propos sont d’une égale intensité dramatique et expriment la reconnaissance unanime que le scrutin électoral, suivi par le mode de désignation de la future gouvernance, confèrera au futur dirigeant de la collectivité unique un pouvoir politique exorbitant. Ce jeudi soir sur ATV, aucun des représentants des partis politiques n’a dit non à Miguel Laventure.
La culture martiniquaise de la majorité au sein des assemblées
Le fonctionnement du département et de la région se caractérise par une constante qui peut être regardée comme un élément essentiel de la culture politique martiniquaise. Il ne serait pas exagéré de considérer cet élément comme un instinct majoritaire qu’on pourrait traduire par un instinct d’efficacité. En effet, jamais une assemblée locale régionale ou départementale n’a été empêchée de fonctionner pour défaut de majorité de travail, alors qu’à trois reprises les majorités de camp politique ont manqué entre 1983 et 2004 au conseil régional.
Le scrutin proportionnel dénaturé s’oppose à la pluralité
Par ailleurs, aucun courant politique nouveau n’a été généré sous l’empire du scrutin proportionnel en vigueur à la région depuis la création de celle-ci. Seul le scrutin majoritaire uninominal du conseil général a pu permettre l’émergence au niveau départemental d’élus territoriaux porteurs d’idées nouvelles, comme ce fut le cas pour le mouvement écologiste martiniquais. Désormais, avec la disparition du scrutin territorial tout particularisme sera, au mieux, noyé dans le camp du Tout-Pouvoir ou disparaîtra purement et simplement de la représentation élective. Quoi qu’il en soit, le souci d’éviter les inconvénients d’un scrutin proportionnel intégral, imposé en dépit des arguments qui précèdent, aura conduit à dénaturer ce mode de désignation dont l’esprit est, en principe, de favoriser la plus large représentation politique possible au sein des assemblées. A trop vouloir rogner les ailes de ce système, c’est très exactement l’inverse qu’on obtient.
L’hégémonie politique est possible sans enfreindre le droit
Enfin, les déviances d’un scrutin qui conduit à l’instabilité politique sont décelées en temps réel parce que les dysfonctionnements sont immédiats et que la nécessité de porter remède s’impose. La loi peut à tout moment y mettre fin. C’est en quelque sorte une opération chirurgicale. C’est le cas de la Polynésie française qui n’est pas comme nous animée par l’instinct majoritaire. En revanche, les dégâts causés par le pouvoir autocratique s’accumulent et se prolongent de façon insidieuse et quasiment irréversible, davantage par une pratique vicieuse de la gouvernance et la violation de l’esprit de la règle que par des entorses caractérisées faites à celle-ci. Si le blocage des institutions du gouvernement local donne l’alerte en cas d’instabilité, aucune alerte institutionnelle efficace ne met en évidence certaines pratiques déviantes et sournoises du pouvoir autoritaire, peu identifiables quoique réelles et parfaitement ressenties. Celles-ci permettent au pouvoir d’étendre son hégémonie et de porter atteinte à la démocratie sans forcément enfreindre le droit.
28 janvier 2011
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