Hôtellerie : Le lobbying de Monplaisir
Le chef d’entreprise et ancien candidat à la députation sur la circonscription Nord de la Martinique multiplie les contacts, "sans chapelle politique", pour obtenir une politique d’accompagnement d’urgence pour l’hôtellerie.
Yan Monplaisir qui tient compte de l’adage "nul n’est prophète en son pays", et considère qu’il faut également pouvoir compter sur des hommes politiques nationaux pour relayer efficacement nos dossiers, a obtenu d’Yves Jégo, ancien ministre de l’outre-mer, que ce dernier pose en octobre 2012 à l’Assemblée Nationale une question au gouvernement quant à la "situation dramatique de l’hôtellerie dans les iles françaises de la Caraïbe".
Parallèlement, le dirigeant de l’hôtel Batelière a également sollicité tous les parlementaires, et obtenu l’écoute de Serge Larcher, de Serge Letchimy, et de Jean-Philippe Nilor, et a pu être reçu avec les hôteliers guadeloupéens et martiniquais il y a quelques semaines par Victorin Lurel suite à l’intervention notamment du député Alfred Marie-Jeanne.
Dernier acte de ce lobbying actif : l’envoi à plusieurs parlementaires et personnalités du rapport du cabinet Sintorin. Commandé par le Groupement Professionnel de la Grande Hôtellerie suite aux réunions de crise qui se sont tenues fin août et début septembre, ce rapport présente à l’Etat et à la Région les propositions des professionnels de la grande hôtellerie pour sortir de la crise à travers notamment un "plan de relance" et un "nouveau modèle économique et social".
Extrait du rapport Sintorin : Les propositions
Des mesures immédiates de survie
Une solution d’urgence doit être trouvée pour résoudre la crise de liquidité de structures hôtelières proches du redressement judiciaire pour la plupart d’entre elles et mettre en oeuvre les programmes de rénovation nécessaire au redémarrage de ces établissements. Faute de quoi, de nombreux hôtels seront contraints de fermer leurs portes avec les conséquences sur l’emploi qui en découlerait.
2.1.1) L’apurement de la dette fiscale et sociale
Des mesures de moratoire sur les dettes sociales et fiscales seraient peu onéreuses si elles permettent d’éviter des dépôts de bilan. Plusieurs solutions pourraient être envisagées :
l’étalement de la dette fiscale et sociale sur neuf ans par l’Etat,
et/ou le refinancement à taux bonifié de la dette fiscale et sociale par la Région,
et/ou par un organisme financier tel qu’OSEO, l’AFD, la BPI (Banque Publique d’Investissement).
Ces mesures devront être accompagnées d’une franchise de charges fiscales et sociales pendant deux ans correspondant à la période de rénovation et de redémarrage de l’activité.
Pour comparaison, dans le cadre d’une procédure collective les dettes fiscales et sociales sont étalées sur dix ans avec une franchise d’un an.
Les hôtels pourront ainsi se mettre à jour de leurs cotisations fiscales et sociales et être éligibles aux fonds européens pour le financement des projets de rénovation. La franchise de charges fiscales et sociales coûterait à l’Etat environ 20 M€ sur deux ans. Ce coût est à rapprocher du remboursement de la dette pour environ 26 M€ et des 1 000 emplois maintenus et/ou créés. Les travaux de rénovation (environ 100 M€) permettront en outre de relancer l’activité du BTP.
2.1.2) Le renforcement des fonds propres des structures hôtelières L’intervention d’OSEO, de l’AFD, de la CDC, de la BPI ou la création d’un fonds de garantie touristique permettraient de renforcer la structures financières et/ou d’apporter les garanties nécessaires à l’obtention des financements bancaires.
2.1.3) Une foncière tourisme
Cette foncière rachèterait l’immobilier des hôtels, financerait la rénovation et refinancerait des structures existantes en facilitant la prise en charge à 100% de la dette fiscale et sociale ainsi que le courant des charges fiscales et sociales sur les deux prochaines années, le temps de la restructuration et de l’exécution des travaux de rénovation (cf. détails en Annexe). Ce montage existe déjà en théorie mais il est difficile à mettre en pratique compte tenu de la complexité du volet juridique et des nombreuses garanties demandées par les institutions financières. La foncière nécessitera la mobilisation d’une ligne de crédit de 100 M€ pour financer les rénovations et prendre en charge le passif et le courant des charges fiscales et sociales sur 2 ans.
Des mesures d’ajustement pendant une période transitoire d’adaptation de cinq ans
Ces mesures transitoires permettront de rééquilibrer les comptes des sociétés hôtelières le temps de leur rénovation et de leur restructuration en recréant un niveau de compétitivité équitable par rapport aux destinations concurrentes de la Caraïbe.
2.2.1) Le renforcement du dispositif de zone franche globale d’activités La zone franche comprendrait l’exonération de toutes les taxes et charges assises sur les salaires, sur les investissements, de la CFE/CVAE, de la taxe foncière, de la taxe de séjour, de l’octroi de mer et une TVA à taux zéro. Le renforcement de la zone franche coûterait à l’Etat environ 10 M€ par an pendant cinq ans et à la Région environ 3 M€ par an pendant cinq ans.
2.2.2) L’instauration d’un système compensatoire du coût du travail à la chambre louée Ce système compensatoire pris en charge par l’Europe consisterait à verser une subvention par chambre louée aux hôteliers pour prendre en charge le différentiel de compétitivité (coûts salariaux) par rapport aux destinations concurrentes de la Caraïbes. S’inspirant du fonds européen d’ajustement aux conditions de la mondialisation, ce dispositif permettrait de compenser les surcoûts supportés par les hôtels martiniquais par rapport aux hôtels des destinations concurrentes de la Caraïbe où les salaires pratiqués sont très inférieurs. Cette aide serait justifiée puisque que des modifications majeures de la structure du tourisme mondial ont conduit à une perturbation économique grave (perte de part de marché) dans des régions ultrapériphériques de l’Union Européenne.
2.2.3) L’octroi de garantie aux compagnies aériennes par la Région La Région doit soutenir les compagnies étrangères et françaises en leur apportant les dispositifs de garantie demandés dans le respect des dispositifs communautaires. Cette mesure dérogatoire doit être mise en place rapidement compte tenu du départ d’American Eagles en mars 2013. Elle garantira à la Martinique la venue d’une clientèle plus internationale ; ce qui permettra de lisser la saisonnalité et d’accroître le chiffre d’affaires des hôtels.
2.2.4) L’adaptation du statut des intermittents à l’hôtellerie Le secteur de la grande hôtellerie est aujourd’hui une activité rythmée par une forte saisonnalité comprenant des périodes d’activité intense et des périodes creuses pendant lesquelles la masse salariale constitue une charge fixe lourde pour les structures hôtelières. Pour lutter contre ce phénomène l’adaptation du statut des intermittents à l’hôtellerie pourrait être une solution. Ce statut a déjà été adapté à Saint-Pierre et Miquelon dans le secteur du BTP.
2.2.5) La prise en charge du personnel par le FSE par des actions de formation Pour lutter contre la saisonalité et améliorer la formation du personnel, une autre solution pourrait consister à élargir aux périodes de basse saison le dispositif qui permet une prise en charge du personnel par le FSE par le biais d’actions de formation pendant les périodes de rénovation.
2.2.6) Le renouvellement du personnel grâce aux départs en pré-retraite Le renouvellement des salariés pourrait passer par l’engagement des hôteliers à recruter trois emplois jeunes en remplacement de deux départs en pré-retraite. Ce nouveau projet social (cf. 2.2.4) à 2.2.6)) devra proposer un véritable plan de carrière aux salariés et devra tenir compte de la pénibilité des emplois avec la mise en place d’une GPEC (Gestion Prévisionnel des Emplois et des Compétences) et d’un accord de branche.
Des mesures d’accompagnement à moyen terme
2.3.1) Un positionnement touristique clair La Martinique avait basé tout son développement sur le tourisme de masse balnéaire lui donnant aujourd’hui l’image d’une destination discount. L’île dispose pourtant de nombreux atouts ; outre la diversité et la beauté de ses paysages, elle offre des garanties de sécurité publique et sanitaire, d’équipements de transport et de télécommunication. Mais la valorisation de ces atouts doit s’inscrire dans une politique globale du tourisme menés par tous les acteurs concernés. La Réforme de la Politique de Développement Touristique élaborée par le CMT est une première étape qui devra permettre de changer l’image de la destination et d’aboutir sur la définition d’un positionnement clair. Compte tenu de la cherté de notre destination, un positionnement haut de gamme pourrait être la solution. La montée en gamme de l’hôtellerie nécessitera la mise aux standards internationaux des hôtels (taille des chambres, nouvelles technologies), le renouvellement de l’offre (écotourisme, tourisme vert, boutiques hôtels, tourisme de congrès), l’organisation d’évènements (animations nocturnes, festivals), une formation du personnel de très grande qualité, la conservation et la préservation de l’environnement, le développement d’une offre touristique locale originale permettant de se différencier des destinations concurrentes de la Caraïbes, etc.
2.3.2) Un cercle d’achat L’objectif du cercle d’achat serait de mutualiser les approvisionnements des hôtels pour réduire les coûts d’achats auprès des grossistes, des coopératives agricoles, des producteurs de fruits et légumes locaux et des prestataires de services. Cette mesure permettrait en outre de soutenir les filières de productions locales de fruits et légumes et de produits alimentaires.
2.3.3) Un groupement employeur tourisme La mise en place d’un groupement employeur tourisme permettrait de réduire les charges salariales pour les employeurs et de mettre en place une négociation de branche. Il serait chargé de mettre à disposition des entreprises membres du réseau un personnel qualifié selon un calendrier d’exploitation prédéfini dans le cadre de contrats de travail qui pourraient être des CDI à temps partiel aménagés multi-sites.
2.3.4) Un tour opérateur régional Ce tour opérateur local permettrait de prendre en main la distribution et la promotion de notre destination en assurant les réservations en directe par Internet. Par ailleurs, en se regoupant, la grande hôtellerie pourra obtenir certains aménagements de la part des tours opérateurs et des on line travel agency.
Faire une recherche
Soutenez-nous !
Vous pouvez soutenir Politiques Publiques en faisant un don via Paypal. C'est simple, rapide et sécurisé !


