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Didier Laguerre : écran de fumée autonomiste et choix assimilationniste

Publié le 29/09/2010

Tribune de Michel Branchi, membre du Bureau politique du PCM, suite à l’intervention de Didier Laguerre lors de la restitution des travaux de la commission mixte sur la collectivité unique.

"Lors de la présentation des résultats des travaux de la Commission ad hoc sur la mise en place de la Collectivité unique, Didier Laguerre, co-président de cette commission mais aussi Secrétaire général du néo-PPM, a fait une étonnante déclaration dont toute donne à penser qu’elle a été soigneusement millimétrée par Serge Letchimy soi-même et son staff.

On lit avec stupéfaction cette affirmation : « La question n’est pas celle d’une évolution statutaire en soi, elle est celle d’une accession à un processus de responsabilisation.

Il s’avère que, dans notre cas, pour passer d’un système d’assistanat-dépendance à un processus de responsabilisation, il faut une redéfinition des structures institutionnelles qui ne peut se trouver dans la simple addition ou fusion de deux institutions « conseil général et conseil régional ». Ces deux institutions ont montré leur incapacité à atteindre cet objectif, et c’est d’ailleurs un des enseignements du vote du 24 janvier dernier ».

Responsabilisation sans évolution statutaire ? Une supercherie Comment accéder à la responsabilisation sans sortir du cadre de l’assimilation avec l’article 73- même rénové- choisi par le néo-PPM ? Il faut donc une évolution statutaire et institutionnelle comme l’a proposé le Congrès des élus les 18 décembre 2008 et 18 juin 2009 dans le cadre de l’article 74. Personne n’a voulu d’évolution statutaire « « en soi ». Tout le reste n’est que supercherie. De plus, la question posée le 24 janvier était bien celle de la seule fusion du conseil régional et du conseil général. On convient que cela ne peut constituer le pouvoir martiniquais nous permettant d’accéder à la responsabilité. Il est bien temps de s’en rendre compte ! Comme il faut donner le change sur la reculade historique du PPM sur la question nationale le 10 janvier où il s’est retrouvé avec les pires assimilationnistes à agiter l’épouvantail de la perte des acquis sociaux, Didier Laguerre compense cette trahison par une déclaration de principe grandiloquente sur l’autonomie : « Je crois que c’est la tâche de notre génération que de sortir de la mise sous tutelle qui relève de la gestion assistée ou de l’indifférenciation malsaine avec la France. Derrière l’exigence de la responsabilisation, il y a une conviction fondamentale : l’existence d’un peuple et d’une nation martiniquaise. Il s’agit d’actionner le seul ingrédient qui n’a jamais été de mise dans tous les plans de développement que l’on nous a assénés depuis 1946. Cet ingrédient c’est la responsabilisation. La prise en main de notre destin dans le monde, cela est fondamental », énonce-t-il. Plus autonomiste que moi tu meurs.

Quel anticolonialiste ne souscrirait pas à ces orientations ?

Sortir de la gestion assistée ou de l’indifférenciation ? Mais cela consistait à obtenir le pouvoir permanent de légiférer et réglementer dans un nombre déterminé de domaines tel que le permettait l’article 74. Et donc mettre en œuvre la fameuse « différenciation ». Ce que ne peuvent permettre les très limitées, aléatoires et ponctuelles habilitations législatives prévues théoriquement par l’article 73 et singulièrement verrouillées par sa loi organique du 21 février 2007.

La conviction qu’il existe un peuple et une nation martiniquaise ? Mais le PPM a refusé de voter sur l’existence d’une nation martiniquaise lors d‘un des congrès des élus ayant précédé la consultation du 7 décembre 2003. Seul Renaud De Grandmaison l’a fait. Il ne sert à rien de crier « peuple » et nation martiniquaise » en sautant comme un cabri et de courir se réfugier dans la grotte de l’assimilation chaque fois qu’il faut faire un choix politique conséquent.

La prise en main de notre destin dans le monde ? Mais comment peut-on faire croire que cela est possible dans le corset étriqué de l’article 73 même avec l’érection d’une Collectivité unique. Didier Laguerre se rend bien compte de la contradiction insoutenable dans laquelle il se débat comme un diable dans un bénitier. Alors il tente de diaboliser la position des partisans de l’autonomie dans le cadre de l’article 74.

L’épouvantail réactionnaire du « séparatisme »

Il lance un écran de fumée autonomiste : « La responsabilisation ne peut plus se poser en termes de rupture ou de séparation d’avec la France. Elle se pose en termes de différenciation et d’interdépendance. Il s’agit donc pour nous de construire de manière autonome et créatrice des liens de partenariat véritable avec la France, avec la Caraïbe, avec l’Europe, avec le monde. Une Martinique en processus de responsabilisation peut décider, si elle le désire, de confirmer son adhésion au pacte républicain français, comme elle peut choisir d’adhérer en plus à une organisation latino-américaine, ou caribéenne. Notre accession à la différenciation et à la responsabilisation ne se pose plus qu’en termes de rupture et d’opposition à la France, voire de repli sur soi, comme le cultivent nos opposants ».

Il s’agit du vieux discours de peur qui a consisté à faire croire que l’autonomie du 74 conduirait à la « rupture », à la « séparation d’avec la France », au « repli sur soi », etc. L’éternelle assimilation de l’autonomie à l’indépendance de tous les réactionnaires depuis 1960. L’accusation de « séparatisme » fait partie du bagage idéologique de la droite colonialiste depuis un certain préfet Grollemund.

Jamais il n’a été question de séparation. Même Sarkozy s’est vu contraint de le rappeler à plusieurs reprises.

Après avoir qualifié les positions des opposants aux néo-PPM de « revanchardes », le Secrétaire général du PPM avance l’actuelle démarche du PPM sur la Collectivité unique : « Je persiste à penser que l’auto-définition de cette nouvelle collectivité, « suis generis, à statut particulier », reste une occasion historique majeure pour notre Martinique. Dans le respect de la décision du peuple martiniquais d’être régi par l’article 73 de la Constitution, je crois qu’il nous est possible d’ouvrir les fenêtres, d’appeler l’oxygène, et d’avancer sur la voie d’une responsabilisation optimale, par l’extension des moyens constitutionnels qui sont mis à notre disposition », lance-t-il.

Rendre extensible la constitution française ? Mission impossible

Il veut faire croire que, soi-disant « dans le respect de la décision du peuple martiniquais d’être régi par l’article 73 de la Constitution », on peut « avancer sur la voie de la responsabilisation optimale ». C’est quoi d’abord « la responsabilisation optimale » sinon un brouillard de mots comme l’utilise fréquemment le PPM de l’ère Letchimy. Quelles compétences ? Quelles habilitations législatives ? Sarkozy à l’Atrium le 18 février 2010 a précisé dans le droit fil de l’article 73 : « dans certains domaines limités relevant normalement de la loi, de façon révocable et sous le contrôle permanent du Parlement ».

Et comment ? Par « l’extension des moyens constitutionnels qui sont mis à notre disposition », proclame-t-il. Comment croire et faire croire que l’on peut rendre la Constitution française jacobine « extensible » à l’occasion d’une loi organique pour « ouvrir les fenêtres » et faire un appel d’oxygène ? Chimère et illusion.

La vérité, c’est que la profondeur et la spécificité de la crise martiniquaise apparaissent de manière plus éclatante chaque jour (carburants, transporteurs, marché de la viande, fiscalité, délinquance juvénile, vieillissement accéléré de la population, etc) et il devient de plus en plus évident que le pays a besoin d’une autonomie véritable et non d’une prétendue « responsabilisation » au rabais pour en sortir vraiment et tracer les voies d’un nouvel avenir. A certains égards, le PPM nous a enfoncé dans une impasse dont nous devons nous dégager. S’en rendant compte, il veut en faire porter la responsabilité sur les partisans de l’article 74 qui refusent de cautionner le numéro de prestidigitation sur la prétendue extension des moyens constitutionnels et la « responsabilisation optimale ». Didier Laguerre peut bien faire une lecture faussée et optimiste des scrutins du 10 janvier sur l’article 74 et du 24 janvier sur la Collectivité unique en affirmant mensongèrement : « Le peuple martiniquais a signifié une fin de non-recevoir à l’aventure et à la fragilisation de ses acquis, mais il n’a en rien renoncé à disposer d’une meilleure emprise sur les outils politiques qui vont forger sa destinée ». Ce qui a dominé la campagne du 10 janvier a bien été la peur de la perte des acquis et du largage attisée par le PPM et la droite assimilationniste.

La Collectivité unique votée par les Martiniquais le 24 janvier est une collectivité réunissant strictement les compétences de la Région et du Département. Ni plus, ni moins.

Les « outils institutionnels modernes, conformes aux mutations du monde et aux grandes ambitions que nous nourrissons tous pour notre pays » que propose l’alter ego de Serge Letchimy ne sont pas possibles dans le cadre de l’assimilation de l’article 73 pour laquelle il a combattu avec acharnement et hargne contre les vrais anticolonialistes. A l’heure du choix décisif il a reculé et préféré les calculs politiciens pour que son leader – pas fondamental- puisse s’emparer de la Direction de la Région.

Si on veut aller plus loin- et les communistes en sont des partisans résolus- il faut le dire clairement au peuple et expliquer comment y parvenir. Soit dans le cadre de l’actuel article 73 dit « rénové » avec des habilitations (lesquelles ?)- ce qui paraît difficile- soit en obtenant une hypothétique révision de la constitution française : un article 73 bis ou 74 bis. Le prochain Congrès des élus devrait clarifier les choix de chacun.

Responsabilisation et Assimilation sont incompatibles : plus de soixante ans de pratique, en dépit des adaptations et des rafistolages du statut départemental, l’ont amplement démontré. Discours autonomiste et choix de l’assimilation, le PPM est passé maître dans le double langage."

Michel Branchi

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  • Le choix du PPM en janvier était clair : couper la tête à LISE et à MARIE-JEANNE. C’était son seul programme, cela le reste et il veut finir le travail en se débarrassant une fois pour toute de LISE qui est encore président du CG. Mais quid de la martinique dans tout cela ? Elle a eu droit à un plan de relance complètement bidon qui ne produira aucun résultat et voilà que maintenant, on veut nous faire croire que le nirvana de la respopnsabilité et du développement serait ce contre quoi on nous a demander de voter en janvier. Mais de qui se foutent-ils, ces letchimy, conconne, laguerre et consorts ? Triste Martinique, tristes martiniquais toujours prèts à s’enflammer pour des tocards et à se laisser bercer par l’éternel discours du "demain on rase gratis" ! Nous voulions la responsabilité, nous n’avons eu droit qu’àu mariage incestueux de la droite UMP la plus rétrograde avec la gauche PPM des hypocrites, jouisseurs, pwofiteurs et autres donneurs de leçons de moratoires. Matinik cé té ta nous ? Et maintenant que le "président" letchimy nous fait cocus, il nous reste quoi ? Matinik cé pou ta yo ?

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  • Michel Branchi sait de quoi il parle, le mot "supercherie" est bien celui qui préside à tout le tintamarre institutionnel qui tient en respect les Martiniquais et immobilise la Martinique. Il s’agit d’abord d’un entrecroisement de positions qui sont interchangeables en fonction des intérêts du moment. Il suffit que l’un prenne une posture donnée pour que l’autre campe dans la posture inverse.

    Le dirigeant du PCM en donne lui-même l’illustration. Il s’oppose à la déclaration du PPM selon laquelle « la question n’est pas celle d’une évolution statutaire en soi… ». Il estime donc que la question est bien celle d’un changement de statut. Mais lorsque le PPM se contredit en disant qu’il s’agira d’un « statut sui generis », c’est-à-dire un nouveau statut, il se cabre à nouveau. Contradictions du PPM, contradictions du PCM et de ses alliés, on est en présence de contradictions croisées où les Martiniquais sont réduits à n’être que de simples jouets.

    Par ailleurs, Michel Branchi soutient que le « conseil général et conseil régional » ont montré leur incapacité à répondre aux besoins de la Martinique. Pourtant, en épousant la nouvelle posture du MIM – RDM - BATIR, selon laquelle il ne faut pas toucher au vote des Martiniquais de janvier 2010, ce dont, pour une fois, les Martiniquais lui savent gré, il œuvre dans les faits à la mise en place d’une collectivité qui n’aurait pas d’autres compétences que celles dévolues aux deux institutions actuelles. On a beau enrober le tout dans le vocabulaire « anticolonialiste » convenu, le nouveau mot d’ordre semble bien être celui d’une nouvelle supercherie.

    Mais c’est l’habitude des communistes martiniquais comme de tous les autres partis autonomistes ou indépendantistes de tenir un double langage. Ils défendent l’autonomie et l’indépendance avec les arguments de l’assimilation. Entre la responsabilité de nous-mêmes et les droits acquis les Martiniquais font la part de démagogie : ils retiennent les droits acquis qui sont la négation de l’autonomie.

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  • Le P.C.M ? Combien d’adhérents ? De sections ? De divisions ? Comme il est loin le temps des Georges Gratiant, Pierre Zobda-Quitman ; Le temps où les communistes défendaient l’intérêt général et les ouvriers martiniquais...

    Allons... allons... Mr Branchi, une petite tribune pour exister ? Pourquoi pas ? Mais puisque vous "traitez" Mr Laguerre "d’assimilationiste", qu’a fait objectivement le P.C.M pour nous débarasser de cette économie coloniale, monopolistique, importatrice, et dominée par une seule "caste" ? Votre parti a certainement obtenu des avancées pour les plus démunis, les travailleurs mais toujours dans le saint des saints de cette économie que l’on pourrait qualifier de "coloniale" -

    Alors avant de donner des leçons à Laguerre sur son "assimilationisme" et son secrétariat général de "néo-p.p.m", revenez sur les quarantes dernières années de votre parti et regardez s’il n’était pas obligé à certains égards de composer avec l’assimilationisme et les lois sociales des années soixante-dix - "Ecran de fumée" disiez-vous n’est-ce pas ?

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