Claude Lise s’en va …
TweetPar Yves-Léopold Monthieux
Il sera difficile d’oublier les conditions rocambolesques de la défaite du président sortant. La presse croyait tenir dans l’œil des caméras l’auteur d’un vote blanc exprimé à deux reprises et dont le secret persiste bien au-delà de sa transformation en un vote Manin décisif. On n’a pas vu venir ce psychodrame qui a pris à contrepied la presse et les stratèges politiques. On l’a aussitôt attribué à celui qui avait exprimé avec originalité son indépendance au cours de la semaine écoulée au point d’être soupçonné de faire monter les enchères. Il y a vingt ans nous avions droit à un « blan douvan – blan dèyè » parfaitement identifié, aujourd’hui c’est un « blan-blan-Manin » mystérieux qui fait l’histoire de la Martinique. Ce vote a pu émaner d’un éclat issu de l’explosion d’une droite mise à mal pour l’essentiel par ses propres turpitudes. Comme une balle perdue, cet éclat a touché en plein cœur l’ancien président et son équipe.
De l’opprobre à la reconnaissance
Ainsi donc, Claude Lise s’en va. Jusqu’à ce jeudi on lui jetait l’opprobre. On sait bien que l’ancien président ne méritait pas toutes les critiques qu’on lui adressait souvent sans ménagements. Mais ainsi va la politique, il en a reçu, il en a aussi donné. Ce vendredi les choses ont déjà changé, les égards que lui a prodigués Mme Manin, sa successeure, sont allés bien au-delà de la seule politesse. Dans de telles ces circonstances, il est de bon ton de passer l’éponge et de ne s’attarder que sur la partie pleine de la bouteille. Rappelons que les mérites d’Emile Maurice n’avaient été reconnus par la gauche qu’à son départ, où de véritables lauriers lui avaient été tressés par son successeur. On revoit cette image d’allégresse du vieux président de droite n’ayant plus de véritables pouvoirs, tenu dans les bras du jeune élu de Trénelle à la fête dite « de la Tomate », quelque part en Floride. C’était la belle époque d’une certaine privilégiature qui allait être sanctionnée par les faillites de la Semair et d’Air Martinique et l’arrivée inattendue d’Emile Capgras à la région.
Claude Lise a été aimé par les militants du PPM
Le désamour que lui voue le PPM ne date pas de son départ du parti, en 2007. Dès 1989 le parti avait préféré la réélection d’Emile Maurice à la présidence du conseil général que d’y laisser accéder Claude Lise. On ne peut pas nier les capacités de résistances de ce faux mou. En effet, pour tenir tête pendant plus de vingt ans à ses ennemis de l’intérieur du parti, son aptitude à la manœuvre n’a pas suffi. Claude Lise a été aimé par les militants d’un parti qui volens nolens a contribué à son ascension politique. Il avait pu même, Serge Letchimy étant déjà maire, mettre la main sur l’appareil du parti. En ne tentant pas, malgré des sondages favorables, d’imposer sa candidature à la succession de Césaire, il jetait l’éponge devant Camille Darsières. Celui-ci avait fini par imposer son protégé Serge Letchimy qu’il avait déjà mis en selle en lui abandonnant son canton. Césaire avait enfin été convaincu, notamment sur les conseils de son ami Pierre Aliker, de renoncer de briguer le dernier mandat qu’il souhaitait.
Les capacités de résistances de ce faux mou
Quoi qu’il en soit, lâché en 1989, le PPM avait dû s’accommoder de son ascension en le soutenant à toutes les élections qui ont suivi, et même aux sénatoriales de 2005 qui ont précédé de peu son départ du parti. Une notable exception réside dans le refus du parti de le voir accéder au poste ministériel que lui offrait Michel Rocard. Il demeure que les améliorations apportées sous la présidence du président sortant du département ne sont pas contestables de même que celui-ci ne peut pas se défausser d’erreurs qu’il ne serait pas difficile d’énoncer ici. Mais depuis quand nos hommes politiques sont-ils appréciés à raison de leur bilan ? Par ailleurs, il serait injuste de juger l’action de Claude Lise selon qu’il ait officié en parfait membre du PPM dans les premières années ou comme président du RDM, dans les années suivantes. Par ailleurs, on ne se souvient pas que le PPM ait donné, avant l’arrivée de Serge Letchimy à la mairie de Fort-de-France, l’image d’un parti politique dont l’efficacité ait vraiment pu s’exprimer ailleurs que dans la performance électorale : près de soixante années de règne d’Aimé Césaire. Jusqu’alors ce parti n’avait pas apporté la preuve qu’il fût porté par la culture de l’équipement et du développement.
Claude Lise a-t-il jamais été un vrai PPM ?
Mais, plus généralement, le sénateur-président a-t-il jamais été un parfait PPM ? A-t-il jamais été considéré comme tel par ses égaux au sein du parti ? Au cours de l’unique échange que j’ai eu avec cet homme, un soir de décembre 2004, je lui avais exprimé mes doutes sur son adhésion aux us et coutumes de son parti. Loin d’être choqué par mon audace il en avait rajouté à mon argumentation. Pour ne s’en tenir qu’à la doctrine, Claude Lise est très certainement le moins nationaliste du trio qu’il formait avec Serge Letchimy et Alfred Marie-Jeanne. Le fait que, sorti du PPM, il soit tombé dans les bras à la fois accueillants et étouffants d’un indépendantiste, Machiavel en diable, a pu contribuer à surenchérir son discours. Des trois hommes il est certainement celui qui a pu regretter sans jamais le dire qu’il n’y ait pas eu un parti de droite pouvant faire équilibre avec les ultras qui le bordaient étroitement et qu’il avait l’obligation politique de supporter. Enfin, il n’est pas sûr que, passé les moments de déception, sa défaite ne constitue pas pour lui-même une délivrance au terme de plus de vingt années d’activités politiques mouvementées.
Un départ qui servira à apaiser la vie politique
Claude Lise s’en va … pas tout à fait, car il n’a pas encore perdu son siège de sénateur. Cela dit, sans qu’il soit besoin de prendre partie pour l’un ou l’autre des acteurs de ce combat de coqs déconcertant, son départ de la présidence du département devrait servir à apaiser la vie politique et mettre fin à une querelle qui a déjà beaucoup coûté à la Martinique. Ce département-région ne pouvait plus continuer à se détériorer alors que d’autres collectivités comme notre concurrente, la Guadeloupe, conduisent leur développement dans un consensus politique, toujours irréprochable dans les grands moments. Alors qu’on s’apprête à honorer Césaire au Panthéon on s’aperçoit que la Guadeloupe, qui possède des atouts naturels moindres que les nôtres en la matière, est déjà quasiment assurée de remporter la bataille du port international d’éclatement des Antilles.
1er avril 2011
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