Césaire s’affiche au Panthéon
TweetPar Yves-Léopold Monthieux
Ainsi donc, à défaut d’y reposer, Césaire s’inscrit au Panthéon. Sa mémoire rejoint symboliquement celle des grands Français dont il a été. Des Martiniquais triés sur le volet ont été autorisés à se rendre à Paris le 6 avril 2011 pour assister à l’hommage que lui rend la nation, en présence du président de la République.
La relation entre Nicolas Sarkozy et Aimé Césaire, ou sa mémoire, est plutôt singulière. Les rapports directs entre ces hommes se sont limités à deux moments forts : celui de la rencontre, au début de l’an 2007, du candidat à la présidence de la République et de l’ancien maire, puis celui du rendez-vous entre le président de la république et le poète défunt au stade Pierre Aliker. Dans les locaux de l’hôtel de ville de Fort-de-France la première rencontre consacrait le spectaculaire succès de la visite du candidat Sarkozy. Il avait été invité deux mois plus tôt, comme naguère Jean-Marie Le Pen, à ne pas poser les pieds sur la terre martiniquaise. Dans un retournement saisissant, il s’était alors trouvé aux côtés d’un Aimé Césaire qui ne tarissait pas d’éloges pour le futur président. Tel qu’immortalisé par la télévision, celui-ci buvait du petit lait au bras du grand homme.
On ne peut pas en dire autant du second moment qui fut une rencontre en partie manquée entre le président et la mémoire, si l’on peut dire, de l’ancien maire. Les obsèques nationales qui lui furent dédiées n’eurent de nationales que le nom. Le président de la république avait été réduit au silence pendant toute la cérémonie, entouré d’anciens premiers ministres et ministres aux regards perdus. Qui pourrait croire que quelques années plus tard, après le refus des Martiniquais de voir inhumer Césaire au Panthéon, le président de la République reviendrait à la charge en distinguant le chantre de la Négritude par la pose d’une plaque commémorative dans la dernière demeure des grands hommes de France ?
Mais on pouvait encore moins imaginer l’appétence manifestée par la famille nationaliste martiniquaise pour une telle cérémonie, d’autant plus qu’en ces temps de débats sur l’identité nationale et la laïcité, des sentiments fort éloignés de ceux de Césaire sont, à tort ou à raison, prêtés à l’invitant.
Par ailleurs, si le défi de la première visite de Nicolas Sarkozy en Martinique a été brillamment remporté, il n’est pas sûr que ce nouveau rendez-vous efface la déconvenue des obsèques nationales dont la nation n’eût même pas l’honneur d’en payer les frais. Enfin, on peut douter que le président de la République perçoive des dividendes électoraux de cette sollicitation de la mémoire de Césaire.
5 avril 2011
Faire une recherche
Soutenez-nous !
Vous pouvez soutenir Politiques Publiques en faisant un don via Paypal. C'est simple, rapide et sécurisé !


