Les patriotes martiniquais ne sont pas indépendantistes ...
TweetLes patriotes martiniquais ne sont pas indépendantistes car leur subconscient refuse ce statut !
Par Max Dufrenot*
Je suis un indépendantiste utopiste ; cela signifie que je suis partisan de l’indépendance de mon pays et plus largement de tous les pays encore colonisés par des puissances coloniales ; mais en ce qui concerne mon pays, la Martinique, j’ai déjà réalisé que je suis devant un vœu irréalisable pour le moment du fait du refus du peuple d’aller vers un tel statut. Je me garde d’entrer dans la catégorie des gens que Jean ¨Paul Sartre qualifiait de gens de mauvaise foi ; des gens qui savent la vérité, mais se mentent à eux-mêmes pour mieux mentir au Peuple. Même la dénomination de patriote relève de la psychanalyse ou tout au moins de la psychologie et est une réaction qualifiée par les spécialistes de « Processus de Contre investissement » : c’est une réaction où l’on remplace un terme rejeté par le subconscient par un terme très voisin mais assez flou pour qu’il l’accepte ; par exemple, il n’y a pas de noirs chez nous ; non, le subconscient collectif refuse cette qualification ; alors tous les noirs sont bruns et ce terme est acceptable et passe bien ; le subconscient collectif ne veut pas entendre parler d’indépendantistes et alors on lui fait admettre les patriotes.
Je sais que les réactions d’agressivité commencent à se manifester à mon endroit ; mais permettez que je vous livre mon analyse. Moi, indépendantiste chef d’entreprise, je me suis toujours posé la question : comment des militants arrivent à concilier leur statut de fonctionnaires avec celui d’indépendantistes ; autrement dit comment est-il possible de vouloir scier la branche sur laquelle l’on est assis.
J’ai du me rendre à l’évidence : c’est qu’en réalité les patriotes ne sont pas partisans de l’indépendance nationale martiniquaise et partant encore moins partisans de l’Autonomie du Peuple martiniquais. Les psychologues et psychanalystes qui travaillent au sein du gouvernement français l’ont compris et le gouvernement surfe sur la méprise de nos leaders. Je sais que c’est dur d’entendre une telle vérité ; mais je vais étayer mon analyse. Il est facile de se rendre à l’évidence par l’analyse des lapsus émis en politique par les dits « patriotes » et alliés. Un lapsus mineur mais révélateur avait été fait par le premier conférencier du RMC au stade du Lamentin. Edmond Mariette avait lancé à la fin de son discours en faveur du 74 ; « 74 ! 7 plus 4, onze, man sèbi » ; et toute l’assistance avait applaudi. C’était déjà un lapsus mignon car mineur car en sèbi, 7 et 4 ne peuvent jamais se rencontrer, car il n’ y a pas encore de dé à 7 faces. Ceci n’est qu’une mise en bouche.
L’analyse d’un second lapsus collectif, plus important et plus grave celui-là, se trouve exprimé noir sur blanc dans la bible du Mouvement indépendantiste, Manifeste « Sanblé pou divini payi a ». Et celui-là est à la base de toute la démarche du gouvernement français à l’arrivée de la droite au pouvoir en plein milieu du Congrès des élus.
Je cite : Les organisations soussignées réaffirment que le droit des peuples à l’autodétermination ne peut souffrir d’aucune exception et que la question de l’avenir institutionnel de notre pays doit être traité en conformité avec le droit international en matière de décolonisation. Seule une consultation sous contrôle international, démocratiquement organisée, tenue après une période suffisante permettant à tous les courants de pensée, départementalistes, autonomistes, indépendantistes, de s’exprimer de façon libre et équilibrée serait conforma à ce droit
Il y a une expression sur laquelle vont sauter les psychologues du gouvernement : l’avenir institutionnel. Il y a une confusion avec l’évolution statutaire. Normalement pour aller à l’indépendance par étape, il faut une évolution statutaire, un changement de Statut. Mais l’instinct de survie des révolutionnaires installés sur la branche qu’ils ne veulent pas scier car ils ne sont pas suicidaires, se traduit par le refus de l’évolution statutaire, emprisonné dans l’inconscient, le gouvernement l’a compris et il va surfer sur l’expression évolution institutionnelle.
Une évolution des institutions n’a rien à voir avec une évolution du statut. Prenons des exemples ; La France, l’Allemagne, l’Italie, ont un statut politique, c’est l’indépendance qui traduit leur souveraineté nationale. Ce sont des Nations, des Peuples. Les pays du Commonwealth comme Sainte-lucie et la Dominique dont l’existence des Peuples est officiellement reconnue, ont un Statut d’Autonomie au sein du Commonwealth. C’est une Autonomie reconnue à un Peuple dont la souveraineté est un petit petit peu partagée avec la Grande Bretagne ; mais ce régime d’Autonomie attaché à des Peuples fait que ces Etats sont reconnus et font partie de l’ONU.
Maintenant au sein d’un statut, il peut y avoir des particularités institutionnelles accordées à des populations régionales. Nous avons l’exemple de la Sardaigne, de la Sicile ; ils sont italiens mais jouissent d’une large autonomie ; leurs peuples n’existent pas mais ce sont des populations régionales de l’Italie ; ces régions jouissent de l’autonomie régionale. Quand le gouvernement français nous propose une évolution institutionnelle, il s’agit de nous faire accéder à plus d’autonomie régionale, pas à un régime d’Autonomie accordée à un Peuple. D’ailleurs pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, la Constitution affirme par l’alinéa 3 de l’article ,72 qu’il n’existe que des populations outre-mer. Cette situation paradoxale n’a pas manqué de heurter les deux seuls vrais politiciens martiniquais : Alfred Marie-jeanne et Serge Letchimi.
Le premier, très intelligent, par une forte introspection, comprenant le tour joué par le subconscient des patriotes fonctionnaires, a fleuré quelque chose d’ambigu dans cette histoire d’autonomie et il a poussé à la création du GRAM groupe de recherche sur l’autonomie martiniquaise ; mais pour masquer cette démarche honteuse de sa part en tant que chantre de l’autonomie du 74, neuf mois après le choix du 74, il l’a fait contrôler par deux membres de son parti, Sainte Aimé et Marie Sainte et le chef du RDM, Lise. Quant à Letchimi, nourri des enseignements de Césaire, il a démasqué tout de suite la nature néocoloniale du 74, tombeau des idéaux de libération nationale, car constituant une fin en soi ; AMJ et Letchimi ont découvert tous les deux la supercherie du 74 qui conduirait donc à une autonomie régionale accordée à une population, différente de l’Autonomie d’un peuple, étape éventuelle à terme vers l’indépendance.
La suite a été un face à face pathétique entre deux consciences, nos deux plus valeureux politiques, les seuls (Letchimi avec les élus PPM, AMJ avec ses plus proches fidèles historiques), au sein du Congrès à savoir ce dont ils parlaient ; AMJ a choisi d’entrer dans la catégorie des gens de mauvaise foi de Sartre ; en liant une avancée bidon de son peuple à son espérance de vie ; Letchimi a choisi de sauver l’avenir de son Peuple, esquivant le piège du gouvernement, en optant pour l’évolution institutionnelle du 73 et en sauvegardant l’évolution statutaire pour laquelle les conditions avaient été sciemment sabotées par le gouvernement colonialiste lui-même enfermant le Peuple martiniquais dans le bocal étriqué d’une population pour le manipuler à l’abri des regards de l’ONU et de la communauté internationale.
12 juillet 2011
* Max Dufrenot est membre du MAP et de la mouvance "ensemble pour une Martinique Nouvelle", proche du PPM
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