Outremers : Le blanc-seing de la France à Nicolas Sarkozy
TweetNous ne sommes pas encore dans l’autonomie, mais nous ne sommes déjà plus dans un département. En effet, bien des lois et règlements en vigueur dans les départements voient leur application ignorée en Martinique sans que cela ne gène le moins du monde les autorités chargées de leur application. Un exemple symbolique (d’autres pourraient être rappelés) s’est révélé lors de la grève de garde des pharmaciens de l’outre-mer en 2008 – 2009. Comme la loi l’y oblige, le préfet avait utilisé son pouvoir de réquisition à la Réunion mais pas à la Martinique et la Guadeloupe où les citoyens avaient été privés pendant de longs mois du bénéfice d’un service obligatoire essentiel.
C’est dans cette réalité et ces dispositions d’esprit que la Martinique s’apprête à vivre les quatre années qui consacreront la fin officielle de soixante-huit années de département et le début d’une page institutionnelle blanche.
L’insupportable sentiment de culpabilité de la France
On sait que la fixation de la date d’effet de la nouvelle collectivité est prétexte à un médiocre enjeu politicien né bien avant les votes des Martiniquais de janvier 2010, et même du 7 décembre 2003. Comment ne pas y voir l’illustration dans cette déclaration : « c’est en 2011 que commencera l’ère Letchimy », l’année 2011 étant celle du renouvellement des élus du conseil général ? Ce n’est pas la meilleure façon de mettre en œuvre une ambition autonomiste partagée par la majorité des élus, surtout quand on sait que, seulement abreuvés de discours, les Martiniquais n’ont jamais été préparés à la réalité de l’autonomie. Il demeure que le plébiscite des leaders a convaincu l’Etat, les partis politiques nationaux, la presse, les intellectuels, les gouvernants et surtout les présidents de la République, Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy, ainsi que, de toute évidence, leurs successeurs potentiels, qu’il faut mettre fin à une situation qui entretient la France dans un sentiment de culpabilité insupportable.
Les Français ont mal à leur politique coloniale
Aussi, les DOM constituent-ils le seul domaine où Nicolas Sarkozy bénéficie du consensus national qui lui accorde ainsi un véritable blanc-seing. En charge de la mission de régler, dans le sens le plus large possible, le problème institutionnel de l’outremer, il peut compter sur le silence de toute la représentation nationale, de l’extrême-gauche à l’extrême droite. Car les Français supportent mal l’image, qui leur revient comme d’un effet boomerang, d’aïeux s’étant transportés là-bas, ayant organisé la traite des Noirs et maintenu des hommes en esclavage sous un régime colonial. De nombreux intellectuels et hommes politiques ont le sentiment que leur pays ne se verront jamais pardonner de cette faute originelle. Les Français ont donc très mal à la colonisation et s’estiment de surcroît peu payés de leurs tentatives de réparation. De sorte que, lorsque des élus de l’un de ces DOM s’offrent à son désir de délivrance, l’Etat n’hésite pas. C’est à peu près ce que m’affirmait récemment la rédactrice en chef d’un hebdomadaire national.
La condescendance ne peut pas être porteuse de dignité
En effet, j’avais dit à cette journaliste mon étonnement de constater le renoncement des hommes politiques, comme des journaux français, à dire les vérités lorsque celles-ci sont susceptibles de fâcher l’outre-mer. En dépit de l’extension des avantages sociaux obtenus sous l’aiguillon des partis politiques et des syndicats ainsi que la mise en œuvre de mesures spécifiques comme le Bumidom, les 40%, le Service militaire adapté (SMA) ou la défiscalisation, des insatisfactions ressenties ont souvent prévalu dans les esprits sur des satisfactions réelles. Ainsi, du fait des malheurs historiques dès lors réputés non susceptibles de réparations suffisantes, la France semble avoir décidé de nous reconnaître un droit quasiment indéfini à l’irresponsabilité. Mais n’est-ce pas une forme de racisme par condescendance que de nous considérer comme inaptes à recevoir la critique ?
En tout cas, il faudrait vraiment chercher pour découvrir quelque dignité dans la complaisante acceptation de cette situation d’infantilisation. On voit mal comment l’irresponsabilité à ce point assumée pourrait conduire avec succès à la responsabilité que nous revendiquons.
Yves-Léopold Monthieux, le 28 novembre 2010
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