Photovoltaïque : Lorsque la puissance publique se dédit
On ne peut pas dire que ce jeune entrepreneur de Ducos soit payé de retour pour son audace dans le domaine des énergies nouvelles. Ce lundi 25 octobre 2010, au journal télévisé de RFO, M. Daunar disait comment, avec un ami d’enfance, il avait initié le projet d’installer une centrale photovoltaïque à Ducos. Le site est un terrain classé agricole, mais au plus bas degré de cette qualification, c’est-à-dire à la limite de l’improductivité agricole.
Autosuffisance énergétique et autosuffisance alimentaire
Ce Ducossais aurait été le premier martiniquais à prendre le risque à un moment où la réglementation concernant cette activité nouvelle était en cours de mise en place. On a assez répandu depuis 20 ans l’idée de développer l’énergie solaire et souligné le retard pris par la Martinique par rapport aux autres départements d’outre-mer, pour ne pas considérer le projet à sa juste valeur. Il a répondu à l’aspiration à l’autosuffisance énergétique. On connaît le résultat que, dans le domaine de l’agriculture, ont donné des décennies de discours en faveur de l’autonomie alimentaire. Proche de la nullité. Et lorsqu’un progrès se manifeste, il est généralement accueilli par un haussement d’épaules, surtout s’il se réalise dans la culture de la banane. Du moins a-t-il été possible que ces discours aient permis de conserver quelques milliers d’hectares à l’état d’hibernation ou par reforestation naturelle. Ainsi, ne pouvant rien pour l’agriculture, les associations croient pouvoir agir sur les énergies nouvelles. Mais on assiste toujours au même résultat : l’immobilisme.
La meilleure façon de protéger la terre agricole : la cultiver
La conservation des terres agricoles serait plus naturelle si on y pratiquait les cultures nécessaires à la consommation locale. Et, évoquant un célèbre slogan, on pourrait ajouter que la terre n’est protégée que si elle est cultivée. Ainsi, les actions de défense de la terre agricole vivraient de l’inactivité agricole et la défense de la terre à l’état brut occuperait presque autant les agriculteurs, ou à tout le moins leurs représentants, que la production elle-même. Au lieu de travailler la terre on la conserve. Ce n’est pas tant l’objectif de ces derniers qui choque que le moment où ils se manifestent. Tout se passe comme si, pour se mettre en évidence, la partie syndicale ou associative attendait que les travaux commencent. La confrontation physique est alors inévitable. Il semblerait même qu’elle soit voulue et que la force des associations puisse se mesurer à leur capacité à arrêter des chantiers et à faire obstacle aux décisions de la puissance publique.
Le citoyen ne peut donc que croire au bon droit de ces mouvements.
En effet, tout le monde est dans son rôle dans ce département dont on répète à satiété que ses habitants sont les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises. Le jeune chef d’entreprises veut bâtir son pays et lui apporter de la richesse ; on lui a assez appris à l’école que la chance de la Martinique est le travail des martiniquais et que la matière grise du pays a bien mieux à faire dans le secteur productif que dans les couloirs de la fonction publique. Les élus donnent leur avis légitime et nécessairement éclairé : ce sont des hommes et des femmes de terrain. Le monde de l’agriculture et les défenseurs de l’écologie défendent les valeurs du patrimoine foncier et environnemental. Enfin, l’Etat prend la décision et paie. On comprendrait mal que les différents intervenants n’aient pas été consultés avant cette décision. On ne serait pas davantage rassuré de savoir qu’ils interviennent sans ordre et que les associations de protection de l’environnement et de sauvegarde de l’agriculture n’aient été invitées à se présenter sur les lieux des travaux qu’après l’ouverture des chantiers. Car à voir comment leurs interventions sur les chantiers font inverser le cours des choses, le citoyen ne peut donc que croire au bon droit de ces mouvements.
Des équipements photovoltaïques d’abord sur les toitures : une évidence.
Il ne viendrait à quiconque l’idée de se désintéresser du fond du problème qui, ainsi posé, est facile à comprendre : il est préférable d’installer des équipements photovoltaïques d’abord sur les toitures au lieu d’obérer les surfaces. C’est le même argument qui prévalait pour choisir le monorail au lieu du tramway, s’agissant du TCSP. Mais les débats ouverts par l’affaire des énergies nouvelles font apparaître de singuliers arguments. L’argument du profit malin qu’on reproche au béké et aux multinationales envahit insidieusement l’ensemble du monde productif jusqu’aux plus petits acteurs de la vie économique. Au lieu de développer chez nos jeunes la culture des affaires on préfèrerait voir prospérer celle du gagne-petit. Le profit malin serait donc celui qui provient de la défiscalisation ou autres aides ou bonifications qui ne sont, d’ailleurs, toujours pas accordées qu’aux seuls chefs d’entreprises. Mais seul l’entrepreneur est dans le viseur. Il est donc interdit aux riches d’être plus riches, mais aussi aux non riches d’être riches. Et voilà que, l’air goguenard, on s’emploie sur un plateau de télévision à accuser presque M. Daunar de succomber à l’appât du « pactole ». On ne peut pas mieux faire pour diriger nos jeunes vers la fonction publique et faire prospérer l’idée de leur inaptitude au métier d’entrepreneur..
Les contribuables devront rembourser l’Europe.
Mais plus généralement, l’arrêt d’un chantier en cours expose l’entreprise aux pires difficultés. On ne compte pas le nombre de chantiers arrêtés qui entraînent la disparition des entreprises et la faillite des entrepreneurs. Ces derniers retiennent peu l’attention d’autant plus que les ASSEDIC servent d’amortisseurs aux salariés qui laissent ainsi l’entrepreneur seul face à ses déboires. Lorsque l’arrêt du chantier tient à un dédit de la puissance publique, la situation n’est pas différente. C’est alors le contribuable qui en fait les frais. Ainsi, suite au tollé provoqué par les travaux d’irrigation de Grand-Rivière, de recul de la Région en recul de l’Etat, la puissance publique avait repris l’autorisation accordée alors que des travaux avaient déjà été réalisés pour des millions d’euros. Aujourd’hui l’Europe demanderait à l’Etat de lui restituer la part des sommes engagées qu’elle aurait accordée pour une opération non réalisée.
Le jeune entrepreneur dit avoir reçu de l’Etat le permis de construire depuis 2007. Les travaux seraient en phase d’achèvement. On n’ose penser aux conséquences que pourrait avoir, pour la poursuite des activités de cette entreprise et pour le chef d’entreprise lui-même, un nouveau dédit de la puissance publique.
Yves-Léopold Monthieux, le mardi 26/10/2010
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