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Tunisie, Egypte et monde arabe : les peuples contre la dictature et le capitalisme libéral

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Publié le 02/02/2011

Par Michel Branchi*

L’irruption de la jeunesse et des peuples tunisien et égyptien sur la scène mondiale doit être un élément de profonde satisfaction pour tous les peuples de la planète. Cela rappelle qu’il est possible de se frayer la voie à l’émancipation en ce début de 21ème siècle. Comme d‘ailleurs, dans des conditions différentes, l’expérimentent certains peuples latino-américains. Non ce n’est pas « la fin de l’Histoire », comme les théologiens du capitalisme l’avaient hâtivement proclamé lors de la chute du mur de Berlin.

En Tunisie, il faut souligner que le gouvernement français s’est couvert de déshonneur en soutenant jusqu’au bout le régime odieux et corrompu de l’autocrate Ben Ali. Sa ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, n’a-t-elle pas osé faire des offres de services à cet autocrate, proposant que « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type » ? Des milliers de prisonniers politiques dans les prisons, des disparus estimés à plusieurs centaines par les défenseurs des droits de l’homme, une pression policière constante, des démocrates pourchassés, des arrestations arbitraires, la peur instillée de manière permanente et l’accaparement des richesses du pays par le clan au pouvoir, etc. C’était cela le régime de Ben Ali, régulièrement « réélu » à 90 % depuis plus de vingt ans.

La « révolution de jasmin » ne doit être ni détournée ni confisquée. Les travailleurs, la jeunesse et le peuple tunisiens tout comme les forces progressistes ont raison de l’exiger.

Mais la dictature de Ben Ali était aussi un « bon élève » de la mondialisation libérale aux yeux des institutions internationales que sont l’organisation mondiale du commerce (OMC), le fonds monétaire international(FMI) et l’Union européenne(UE) préconisant démantèlement des services publics et privatisations. La Tunisie, qui avait un accord de libre-échange avec l’Europe, avait fondé sa stratégie sur des secteurs employant une main d’œuvre peu qualifiée, à savoir le textile et le vêtement, ou le tourisme. De ce fait elle était un paradis social (bas salaires) et fiscal (défiscalisation sur dix ans et rapatriement gratuit des profits) pour les multinationales étrangères, en particulier françaises.

Les 1350 filiales d’entreprises françaises implantées dans ce pays constituent le deuxième employeur après l’Etat tunisien (110 000 salariés). On retrouve les capitalistes français dans le tourisme (Accor, Club Med, Pierre et Vacances,etc), la grande distribution (Carrefour, Casino), la bancassurance( BNP Paribas, Crédit agricole, Banque populaire/Caisse d’Epargne-BPCE), le BTP( Eiffage, Bouyghes), les télécommunications (Orange), les services (Téléperformance), l’énergie (Alstom, Total), etc Cette politique d’extraversion au détriment d’un développement national orientée vers le tout-exportation et le tout-tourisme a provoqué chômage élevé, explosion du sous-emploi, notamment chez les jeunes diplômés, et paupérisation de masse.

Priorité absolue donnée au tourisme, cela ne rappelle-il pas une grand’messe récente en Martinique avec comme grand prêtre Nicolas Sarkozy et la nouvelle présidente du CMT ? Et l’idée de lancer une campagne sur le thème de « bâtisseurs de paradis » ne renvoie-t-elle pas à la Tunisie qualifiée de « paradis touristique » : Djerba, etc ?

Pourtant, en visite à Carthage en 2008, comme directeur du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Khan qualifiait la Tunisie de « meilleur modèle à suivre ». Il déclarait  : « Je m’attends à une forte croissance en Tunisie cette année. La politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour de nombreux pays émergents(…) En Tunisie, les choses fonctionnent correctement ». Preuve s’il en était que la social-démocratie a sombré dans le libéralisme.

Après la Tunisie, l’Égypte, le Yémen. Cela sans préjuger de ce qui peut encore se passer en Algérie ou au Maroc, etc, où tout reste en suspens.

En Egypte, la semaine dernière cela a été l’explosion contre 30 ans de dictature et d’état d’urgence d’Hosni Moubarak. Au Caire, à Suez, à Alexandrie, des dizaines de milliers de manifestants ont bravé la police, les tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. La révolte populaire s’alimente des mêmes refus qu’en Tunisie : une jeunesse sans avenir ni perspectives, l’exaspération des travailleurs soumis à une politique libérale autoritaire, réprimés dès qu’ils protestent, la colère des Égyptiens en général qui ne supportent plus les restrictions aux libertés et le pillage du pays par la famille du satrape Moubarak imposées depuis trente ans, sous couvert d’état d’exception.

La Tunisie a montré la voie

Karim Bitar, chercheur associé à l’Institut français des recherches internationales et stratégiques (IFRIS), déclare : « Il y a une frustration politique mais aussi une grande précarité économique et sociale. Paradoxalement, la situation des Tunisiens, qui ont réussi leur révolution, était meilleure. Près de 40 % des Égyptiens vivent avec moins de 2 dollars par jour (ndlr : moins d’1,50 euro). Alors même que le gouvernement égyptien reçoit chaque année des États-Unis, depuis trente ans, entre 2 et 3 milliards de dollars. Il y a donc un problème de frustration sociale, de mauvaise gouvernance économique qui s’ajoute à cet irrésistible besoin de liberté qu’on a vu apparaître notamment sur Internet, sur les réseaux sociaux, qui jouent un rôle très important ».

Alors que la colère montait ces dernières semaines, le gouvernement égyptien, en bon élève aussi de la politique libérale du FMI, coupait ou réduisait les aides financières allouées à certains secteurs, notamment à la santé et l’énergie, ce qui va entraîner des hausses de prix. Un point commun à ces révoltes : les facteurs déclenchant ont été les répercussions de la crise capitaliste mondiale et la hausse spéculative des prix des produits alimentaires tels que le sucre, l’huile, les céréales, etc. La vie chère. Comme en Martinique et dans les DOM début 2009. L’idéologue du libéralisme Friedrich Hayek justifiait les conseils qu’il prodiguait au dictateur chilien Augusto Pinochet par cet aveu  : « Je préfère personnellement une dictature libérale à un gouvernement démocratique dans lequel le libéralisme serait absent ». Les grands prêtres du capitalisme financier d’aujourd’hui ne pensent pas autrement.

Comme quoi capitalisme libéral et dictature font bon ménage. Jusqu’à ce que les peuples se mettent en marche de manière irrésistible. Les défenseurs des droits de l’homme aux Etats-Unis, en Europe étaient muets. Géopolitique oblige.

Nous devons soutenir les forces progressistes du monde arabe qui rappellent que l’espoir vient de ceux qui luttent pour la liberté et la démocratie sociale.

* Michel Branchi, économiste et rédacteur en chef de Justice, 31/01/2011

Cliquez ici pour lire les 5 commentaires

  • "les peuples contre la dictature et le capitalisme libéral"

     ? La dictature, je veux bien… mais pour le capitalisme libéral, vous repasserez Mr Branchi… Ben Ali est un ex communiste, président du psd… Parti socialiste destourien… Pas sûr que la jeunesse qui l’a mis à bas, prône un retour au socialisme Benalien ou Bourguibesque…

    Quant à Mohammed Hosni Moubarak… ex délégué de l’armée égyptienne en URSS… puis président du Parti national démocratique, membre de l’internationale socialiste… jusqu’à ce jour.

    "Nous devons soutenir les forces progressistes du monde arabe qui rappellent que l’espoir vient de ceux qui luttent pour la liberté et la démocratie sociale."

    Vous prônez le retour de Ben Ali et vous soutenez donc Moubarak ????

    Je me demande, parfois, si des lunettes adaptées à la vue ne seraient pas plus nécessaires que celles adaptées à l’écriture… allez savoir pourquoi…

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    • J’oubliais…
      C’est courant, chez nos amis du PCM, ces lunettes à double vue… on appelle cela comment, diffraction ? Confondre des frères d’arme anticoloniaux, membres de la même internationale, avec l’ennemi honni capitalisto-colonialiste… j’en suis baba !
      Autre diffraction du PCM… les alliances avec le MIM, parfois… MIM qui a plus de ressemblance avec le FN, qu’avec le PC… mais là aussi… "les lunettes !" !!!

      Il reste cependant un éclair de lucidité quand Mr Branchi appelle les peuples opprimés du monde arabe, à se révolter, briser ses chaînes, et se battre pour sa liberté… là, je n’ai rien à redire ;-)

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      • Vous avez dit lunettes ?

        Impossible, ce Monsieur a des oeillères plutôt..ne voyant que dans une seule direction : à gauche toute !
        Commenter son blabla, ou plutôt son charabia rouge ne sert à rien. Insister pour comprendre le sieur et réfléchir à son sujet donnerait un mal de tête et des sueurs froides à imaginer le pouvoir en ses mains.
        Et le jour ou Cuba sautera et qu’on pendra ses copains, brulera les temples (en stuc) de l’absurdité communiste, on devrait l’envoyer manu militari là bas pour qu’il explique aux braves cubains qu’ils ont tort. Un aller simple, at vitam eternam, pour que le peuple libéré le présente dans toutes les écoles de philosophie politique du pays comme l’exception qui confirme la règle : A Cuba devenue démocratie, personne ne veut du système communiste, sauf lui, le venu "d’ailleurs" (pardon, de l’ "Enfer Martiniquais"). A moins qu’il ne le mette dans un asile de fous ?

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  • M. Branchi,
    Quel dommage pour l’objectivité du journaliste, quel gachi pour l’intellectuel que vous êtes ou voulez être. Heureusement que les lecteurs et animateurs de ce blog sont vigilant d vos manipulations. Le peuple est moins sot que vous l’espériez. Plus le peuple sera libre d’exprimer ses multiples pensées, partout ou c’est encore possible, moins vous et votre ami "Gros Edouard" serez les pseudo leaders de la pensée unique, graine de staline..
    Merci à PP.

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  • “Il est aussi dans l’intérêt d’un tyran de garder son peuple pauvre, pour qu’il ne puisse pas se protéger par les armes, et qu’il soit si occuppé à ses tâches quotidiennes qu’il n’aie pas le temps pour la rebellion.”

    Aristote (384-322 A. J.-C.) , extrait de Aristote sur la Politique

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