Deux femmes "victimes" du pouvoir des hommes
TweetPar Yves-Léopold Monthieux*
Les interventions de Serge Ménil, de Jean-Philippe Nilor et du duo du GRS, Max Rustal et Max Dorléans, militent tous en faveur de Mme Fanon. Aucun de ces signataires, eux-mêmes militants de gauche, comme la victime et la présidente de la Région, n’exonère de ses responsabilités la Directrice générale des services. Mais tous estiment que cette affaire dépasse la simple affaire disciplinaire, tous y voient même davantage qu’une chasse aux sorcières, la manifestation d’un règlement de comptes politique.
Christian Rapha est, pour l’instant, le seul élu et dirigeant d’un parti de droite à prendre position dans cette affaire. On peut s’étonner que les élus de droite, pourtant éloignés du pouvoir depuis trente ans, ne croient pas devoir jouer les messieurs Propre. Ils auraient pu cependant se prévaloir du comportement exemplaire de deux des leurs, Pierre Petit et André Lesueur, qui, parvenus à la fonction de maire, ont conservé, jusqu’à leur mise à la retraite, les directeurs généraux des services en place, pourtant militants indépendantistes tous les deux. Reste que Christian Rapha refuse d’arbitrer entre les parties, estimant que cette affaire procède de méthodes et de pratiques largement partagées par les partis au pouvoir en Martinique. Il a eu l’occasion de dénoncer certaines de ces pratiques dans la sphère politique qui est la sienne, comme élu d’opposition d’une municipalité dont le maire vient d’être condamné par la justice. Il fait une proposition : les « Assises de la démocratie locale ». Tiens, quel beau sujet pour la droite !
Que veut dire Jean-Philippe Nilor lorsqu’il prédit que « c’est la Martinique qui payera cette mentalité » ? Il utilise volontiers un euphémisme, hésitant à être plus direct. Il ne s’agit pas simplement de mentalité, mais peut-être qu’en parlant de faits on pourrait avoir en mémoire des précédents peu glorieux. Car contrairement à ce qu’affirme le GRS, le politique est souvent le vrai juge : il est parti et juge. Lorsqu’un président d’un organisme dépendant d’une collectivité est sommé, sous peine d’être sanctionné lui-même, de virer son directeur-qui-ne-plait-pas, ce qui est fait, ou qu’en début de conseil discipline il est rappelé que « le président veut qu’untel soit viré » et que le cadre concerné ne puisse pas, dès lors, faire valoir utilement ses moyens de défense, c’est le politique qui a jugé dans les deux cas et non le juge. Par extension, le politique est aussi le vrai juge des litiges qui opposent les entreprises aux collectivités. Le rouspéteur se trouvant dans son bon droit peut être écarté sans ménagements des marchés publics et cette décision peut être une condamnation à mort.
Reste que même si l’homme politique déjà roué le dispute au candide qu’il voudrait apparaître, l’intervention de Nilor ne manque pas de sentiments humains et son indignation, non dénué de sincérité. Il paraît en être de même, dans la sobriété de son propos, pour Serge Ménil. En revanche, il paraît difficile de retrouver les mêmes sentiments généreux à travers l’intervention des militants du GRS que la sécheresse du propos fait apparaître comme un froid copier-coller. Il est vrai que les interventions en duo que semble affectionner les indépendantistes sont peu propices aux épanchements. On en arrive tout de suite aux arguments rituels qui n’ont rien à voir avec l’affaire : « l’ennemi de classe », les « exploiteurs capitalistes », la « Sarkosie ». « Ce douteux mélange des genres rappelle, disent-ils, des épisodes et des agissements que l’on aurait volontiers abandonnés à l’ennemi de classe ». C’était déjà le reproche que faisait un probable prochain élu régional dans un article écrit dans France-Antilles, il y a deux ou trois ans. Il déplorait l’existence, au sein des collectivités locales, de pratiques et de méthodes qui avaient conduit naguère à l’affaire Mauvois. Les militants du GRS estiment devoir « remettre sans délais ces apparatchiks dans le droit chemin ». Outre l’énergie du propos héritée de l’école trotskyste, cette position n’est pas éloignée de celle de Christian Rapha et ses « Assises de la démocratie locale ».
Les soutiens de Mme Fanon ont bien entendu en ligne de mire la Région, son président et le PPM. Plus on se tait de ce côté-là moins on paraît absent. Et en osant finalement affirmer que la procédure est normale, on donne prise à l’accusation de tirer les ficelles. Mme Fanon pourra compter sur les nombreux soutiens moraux et l’espoir d’une décision favorable du Conseil d’Etat. Une motion de soutien à la DGS totalise les signatures de 21 conseillers généraux, les 22 restants accepteraient-ils, les plus anciens se déjugeant alors, de soutenir la démarche de la Présidente du Conseil général ?
Dans une telle atmosphère, d’ici à 2014 la situation politique pourrait devenir invivable, même au-delà du conseil général. Mme Manin, qui pourrait se sentir seule dans cette affaire, aura-t-elle les nerfs assez solides pour tenir jusque là ? Les deux femmes pourraient bien être finalement les victimes du pouvoir des hommes.
19 juillet 2011
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