Jean-Philippe Nilor : "C’est la Martinique qui payera cette mentalité"
TweetA l’occasion de la procédure de licenciement engagée contre Frédérique Fanon-Alexandre, nous avons rencontré Jean-Philippe Nilor, Conseiller général de Sainte-Luce, et conseiller régional d’opposition(MIM), signataire d’une motion de soutien à la Directrice Générale des Services du Département. Politiques Publiques a également fait le point avec lui sur la mise en oeuvre de la Collectivité unique, alors que le parlement vient de valider ses lois d’application, et sur l’ambiance politique du moment en Martinique.
Politiques Publiques : Quelle est votre sentiment sur le conflit qui oppose l’exécutif et un cadre du Conseil Général ?
Jean-Philippe Nilor : Tout le monde gagnerait à assainir les mœurses politiques en Martinique. Je peux comprendre qu’une nouvelle équipe souhaite changer ses collaborateurs les plus proches, mais faut-il pour cela salir quelqu’un inutilement. Il s’agit là de méchanceté gratuite. On le voit, cette histoire de domicile de fonction est un prétexte grossier. Je n’étais pas encore Conseiller Général à cette époque, mais c’était une décision prise par les élus à l’unanimité, et madame Manin faisait partie de ces élus.
PP : Il n’y aurait donc pas faute ?
JPN : La décision était celle de la collectivité. Qui plus est, elle intervenait en réduction de la situation précédente, rappelée par le Président Lise, qui était que l’ancien Directeur Général disposait dans la même maison de fonction de quatre salariés du Conseil Général. Cela me paraît être une décision de bon sens, et de réduction des dépenses. De surcroît, cette décision est passée par le filtre du contrôle de la légalité de la Préfecture, et le Préfet n’y a rien trouvé à redire. Que la nouvelle majorité ait besoin de marges de manoeuvre je le comprend, mais il faut aussi respecter les personnes et le travail des administratifs. C’est la qualité de la démocratie qui est en cause, et c’est un jeu dangereux qui ne profitera à personne quand viendra le temps de l’alternance. C’est aussi le signe que madame Manin ne dirige rien. C’est le reflet de la mentalité qui anime un petit PPM, qui n’a plus rien à voir avec celui que nous avons connu. Non, vraiment, cela est particulièrement mesquin.
PP : Vous indiquez dans votre motion que si la présidente ne revenait pas sur cette décision, vous vous verriez "dans l’obligation de dénoncer...". Jusqu’où pourriez vous aller ?
JPN : Je pense qu’il en est de même pour les autres élus signataires, qui sont de différents bords politiques : j’irai jusqu’à témoigner en justice en faveur de la Directrice générale s’il en était besoin.
PP : Qu’est-ce qui justifie cette ambiance selon vous ?
JPN : Nous n’avons pas à faire à de beaux joueurs. Ils ont pourtant en main toutes les manettes. Or ils s’évertuent à tout remettre en cause, à revenir sur la gestion Marie-Jeanne comme si rien n’avait été fait...personnellement je ne comprends pas cet état d’esprit. Vous savez je suis dans le peuple. Ce n’est pas qu’une formule, je n’y fais pas un tour de temps en temps, je vis vraiment au contact quotidien du peuple. Et j’entends que les gens n’apprécient pas ce qui se passe. Ils ont choisi de voter pour une nouvelle majorité, et ils en attendent qu’elle fasse avancer la Martinique sans écraser, sans humilier, sans trainer l’adversaire par terre, le pied sur son visage. Je suis assez triste de la tournure que prennent les choses. Ce sont des fautes dont je ne me réjouis pas. C’est la Martinique toute entière qui payera cette mentalité. Que peuvent produire de positif un mauvais exemple, une mauvaise mentalité ?
PP : La Collectivité Unique se prépare, les deux lois de mise en oeuvre ont été votées par le parlement. Ferez-vous partie de ceux qui soutiendront une démarche en annulation, devant le conseil constitutionnel par exemple ?
JPN : Non, les décisions sont prises et nous verrons comment elles se mettront en oeuvre. Nous n’avons malheureusement pas été entendus quant à la date de mise en place de la collectivité en premier lieu. Attendre 2014 n’était pas nécessaire. Car quelle légitimité ont les élus d’aujourd’hui pour prendre des décisions de fusion et d’organisation pour une collectivité qui n’existe pas, et qui pourra d’autorité revenir sur ces décisions. Nous proposions qu’une assemblée politique puisse être élue dès 2012, et travaille, dotée de la légitimité que lui confère le suffrage universel, avec les services des deux collectivités pour préparer la fusion. Nous n’avons pas été bien compris.
PP : Sur les autres aspects ?
L’exécutif monocolore, adossé à une prime de 20% à la liste arrivée en tête sont de véritables bombes à retardement contre la démocratie en Martinique. Je ne prêche pas pour ma chapelle, puisque vous vous doutez bien qu’il y aura tôt ou tard alternance politique. Cette sur-représentation de la majorité, cette sous-représentation des oppositions sont tout simplement inacceptables. Ce sont des choix que nous regretterons tous dès 2014. Et peut-être même que les promoteurs de ces mesures seront les premiers à le regretter. Pour moi, 2014, c’est "chronique d’un fall-fret annoncé".
Entretien exclusif Politiques Publiques. Propos recueillis le 16 juillet 2011
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