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L’Outremer et le parler-vrai de Nicolas Sarkozy

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Publié le 11/01/2011

Par Yves-Léopold Monthieux

L’intervention en Guadeloupe du président de la République relevait du grand art. Mais c’était surtout un style : le style Sarkozy, fait de « parler vrai » et d’ironie provocatrice. Mais bien plus qu’un show on était en présence d’un discours fondateur pour les Dom. En dépit des différences institutionnelles annoncées entre la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique, il ne devrait pas y avoir de différences fondamentales dans les rapports de « nos pays » avec la France. Les Gwada continueront à ne rien laisser passer qui puisse l’aider à faire mieux que la Martinique, les Guyanais poursuivront sans la moindre gène leur décollement économique dans la France, tandis que la Martinique continuera de parler identité et sémantique et servir de phare à tout le monde.

Renvoyer les votants à leurs responsabilités

Le président de la république avait promis de parler vrai. Il a tenu parole. Ceux qui s’attendaient à ce qu’il « corrige » les incohérences du vote martiniquais – rejet à 80% en janvier de l’autonomie et de l’indépendance, puis plébiscite, au mois de mars suivant, de 90% d’élus indépendantistes et autonomistes –, en auront pour leurs frais. Les martiniquais ont dit « non » à la question du congrès, « oui » à celle posée par le président de la République, puis désigné les élus. Celui-ci les a reçus 5 sur 5 et se refuse à toutes les interprétations de votes. En raison de l’indécision toute « compère-lapin » de l’électorat, il a donc pris le parti de la détermination politique des élus issus de la dernière expression populaire : les élections régionales. Ce faisant, il a renvoyé les électeurs à leurs votes et à leur responsabilité de votants. Puis, après avoir, en lieu et place des élus, trouvé la bonne question du 24 janvier 2010, il accorde à ces derniers aide et assistance pour la définition des nouvelles compétences.

Eviter toute procédure d’accaparement du pouvoir

Par ailleurs, après avoir obtenu les changements statutaires souhaités, les élus ont entendu, par une démarche purement partisane et électoraliste, définir leur conception de la gouvernance et indiqué les modes de désignation des membres et de fonctionnement des structures. On peut s’étonner que le chef de l’Etat leur ait accordé dans ce domaine une aussi grande satisfaction. Compte tenu des répercussions probables des déviances possibles en cette matière, on se retrouve presque dans le domaine de l’ordre public. La procédure électorale et le choix des gouvernants ainsi que la protection du système prévus dans le projet conduiraient à mettre en place un régime politique qui serait quasiment le même que celui de la Polynésie, sauf qu’au lieu de l’instabilité chronique de cette collectivité de l’article 74, on serait en présence d’une véritable forteresse pouvant conduire à l’accaparement du tout pouvoir. On s’exposerait, ici, à des dérives diamétralement inverses, mais réelles, que celles qui se font là-bas.

La double majoration de 20%

La mesure la plus significative est l’instauration d’un conseil exécutif dont les membres sont nommés par le Président. Les oppositions ne pourraient y participer qu’en fonction du bon vouloir du président. Cependant, la mesure la plus étonnante est la conjonction de deux bonifications accordée mécaniquement à la liste arrivée en tête. La première est la majoration de 20% correspondant à 10 élus, la seconde consiste au repêchage des 9 membres supplémentaires venant remplacer les 9 élus du conseil exécutif. Ainsi, la liste gagnante peut compter sur 19 sièges, en plus de la vraie variable due à la répartition proportionnelle qui lui accorde 21 élus. Soit, pour cette liste, élue par exemple avec 50% des voix + 1 : 40 élus sur les 51 colistiers, soit donc plus de 78% des candidats d’une même liste, seront membres de l’assemblée ou de l’exécutif. La différence entre les urnes et la répartition en postes est donc de 28% ! Comment peut-on concevoir une telle distorsion de la démocratie ? Ce n’est pourtant pas tout.

La mesure la plus inutilement vexante

La mesure la plus inutilement vexante pour l’opposition est la motion de défiance qui est en toute hypothèse manifestement inopérante quand on sait dans quelle condition la majorité est fabriquée. De surcroît, comment déclencher cette procédure lorsque son application est subordonnée à un vote obtenue à la majorité qualifiée des 3/5èmes des élus, à la présentation d’un conseil exécutif de substitution ainsi qu’un projet en bonne et due forme devant se substituer à celui qui est en cours d’exécution ? Ces mesures qui ressemblent bien peu aux clés de la démocratie pourraient servir de verrous de protection à un pouvoir autocratique. Une attention nouvelle paraît devoir être apportée à cette partie essentielle du projet dont une présentation plus démocratique ne devrait pas porter atteinte, au contraire, à la philosophie et la mise en œuvre de l’évolution souhaitée.

Cahier des doléances et bilan de fin de mandat

Reste que le succès de Nicolas Sarkozy, si éclatant soit-il, n’a pas pu cacher la curieuse image donnée par la représentation locale, incapable de mettre ses querelles en sourdine et toujours en situation de demandeur. Le Président souhaite-t-il qu’on lui présente des projets ? On lui dresse un bilan de fin de mandat, on lui remet un cahier de doléances. A la veille d’obtenir de nouvelles responsabilités si ardemment désirées, on a la curieuse image de collectivités autonomistes toujours en situation de demandeurs d’aides de l’Etat français, alors que cet Etat français se propose – ô dérision ! – de mettre à la disposition des autonomistes un professeur d’économie endogène : un professeur d’autonomie, en quelque sorte. Décision applaudie par tous, y compris, sans doute, par les « meilleurs spécialistes de la Martinique ».

Sarkozy ne se veut pas l’arbitre des règlements de comptes

Mais plus généralement, l’Etat donne pouvoir au préfet de se substituer aux martiniquais si ces derniers se révélaient frileux à mettre en œuvre les nouvelles compétences qui leur seront accordées. Dans ce pays, on sait que la moindre décision de refus d’un permis de construire sur un terrain impropre à la construction constitue un traumatisme pour le maire concerné. « Fè zafèw, mwen pas lé sav, mwen pa wèw » : cette peur de mécontenter l’électeur n’est pas facteur de responsabilité. Le Chef de l’Etat sait donc faire la différence entre la demande de pouvoirs nouveaux et l’exercice de ces pouvoirs qui n’est pas toujours l’objectif principal. Ainsi a-t-il cru devoir rappeler avec fermeté que ce n’est pas le rôle de l’Etat d’arbitrer les règlements de comptes.

YLM, 10 janvier 2011

Cliquez ici pour lire les 4 commentaires

  • Il ne faut tout de même pas perdre de vue que N. SARKOZY était venu lancer sa campagne Outres-Mers. Il y a dévoilé, à cette occasion, ce qui devrait être l’essentiel de son argumentaire à venir : la fin de l’Etat Providence et corrélativement la nécessité d’une responsabilité locale mieux identifiée, quel qu’en soit la forme institutionnelle ou statutaire ; pourvu que celle-ci reste sous contrôle d’un Préfet dont les pouvoirs seront renforcés ; pourvu aussi qu’elle demeure soumise à sa logique de réduction des dépenses de l’Etat d’inspiration néolibérale. Les deux autres actes significatifs de ce départ de campagne sont, d’une part, la plaque au Panthéon pour CESAIRE ; ceci afin de capter les voix des “minorités visibles” de l’hexagone et flatter l’égo des Antilles ; d’autre part, le projet semble t-il d’honorer Bernard HAYOT, par conséquent les békés, faiseurs de Roi, pour qu’ils pèsent de tout leur poids sur l’issue des Présidentiels au niveau local. Tout le reste n’est que bruit et postures.

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  • L’Outremer et le parler-vrai de Nicolas Sarkozy 12 janvier 00:30, par Kanasuk

    C’était pourtant prévisible, toutes ces dérives. C’était gros, gros mais GROS comme une maison. Pourquoi c’est toujours après-coup qu’on réalise les conséquences de nos actes ? C’est quand meme dingue.

    On vous demande si vous voulez vous mettre de la vaseline ( je résume l’esprit des questions de la consultation) et vous vous demandez pas même deux secondes pourquoi ?

    Enfin soit. C’est fait, de toutes façons. Les pleurs et les grincements de dents ne font que commencer. Et dans tout ce chaos, c’est Bercy et les békés qui vont être contents.

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  • Petites réflexions sans importance :
    Il y en a un qui dit : Monsieur le Président vous ne nous apprenez rien que nous ne sachions déjà. Cessez donc de nous faire la leçon. L’autre plus calculateur se dit : peu importe l’image, sans doute peu valorisante qu’il a de nous, pourvu que les subventions tombent. N’est-ce pas là, les deux figures séculaires de notre personnalité collective ? Tantôt contradictoires, tantôt complémentaires, avec chacune sa part de vérité... Mais c’est qu’il y a l’autre, là en face, qui n’a plus rien de consistant à donner et cherche à gagner du temps ; il observe et analyse:l’un de ces deux là me pose problème. Il perturbe ma communication et limite mes effets. En plus c’est un allié loyal du parti socialiste. L’autre croit me "doubler" en jouant le jeu avec moi. Et si je continuais à l’instrumentaliser ?

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  • Lors de ce colloque, même si ce n’était pas un concours de beauté, les dames s’étaient mises sur leur trente et un. Quand aux hommes, tenue de rigueur oblige ; port de la veste pour recevoir môssieur le président. Pourtant, en cherchant bien, on pouvait apercevoir un p’tit vieux rasant les murs qui portait pesamment sa chemise veste. Il ne lui manquait que son chapeau bakoua pour parfaire son personnage lequel sait parfaitement se transformer en dandy portant costume trois pièces dans les travées de l’assemblée nationale. Ainsi, autant êtes-vous libre de vous vêtir comme bon vous semble, autant vos différents accoutrements peuvent donner lieu à des interprétations concernant votre personnalité.

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