Et la montagne d’indignation accoucha d’un souriceau
Après celle du département, la plénière du Conseil Régional du 6
janvier a constitué la dernière étape des consultations avant le vote
de la loi portant création de la collectivité unique de Martinique. Le
déroulement de cette séance a clairement mis en évidence les
incohérences de la majorité en place, son manque de maîtrise
technique du contenu du projet de loi et des manœuvres visant à
freiner la mise en œuvre d’un processus voulu par l’écrasante
majorité des Martiniquais.
Ne fallait-il pas installer "immédiatement" l’assemblée unique ?
L’axe de propagande du président du PPM, durant la
plénière, et les semaines qui l’ont précédée, a consisté
à stigmatiser « la procédure d’urgence » utilisée pour
consulter nos assemblées. Celui qui était,
paradoxalement, tout sourire et tout penaud devant le
président français, de visite en Martinique, a dénoncé,
avec une virulence dont il est désormais coutumier,
« une loi bâclée », un véritable « sabotage prémédité
d’une
grande
ambition ».
Rien de
moins !
De telles déclarations, hautes en couleurs, appelaient, en toute logique, un rejet de ce « projet de loi bâclé ». Tel ne fut
pas le cas ! En réalité, l’observateur attentif de la vie
politique n’est pas vraiment surpris par cette énième
contradiction, tellement « l’héritier » nous a habitués à
des scènes d’indignation théâtrale et à de
spectaculaires rodomontades médiatiques qui, très
rapidement, montraient toutes leurs limites. La
montagne d’indignation a donc accouché d’un souriceau favorable
à la loi…
Pourquoi, en effet, se plaindre d’une procédure
d’urgence, alors que le projet de loi reprend, en grande
partie, les propositions de la commission mixte du
Conseil Général et du Conseil Régional ? Pourquoi
inventer une telle mise en scène délirante, alors
que, dès le mois de novembre 2010, à l’occasion
d’une rencontre entre le président français et les
parlementaires martiniquais, le calendrier avait été
annoncé ? Enfin, n’est-ce pas l’actuel président
de région lui-même qui écrivait dans sa profession
de foi des élections régionales : « Il faut installer
immédiatement l’Assemblée Unique » ? On a du mal
à imaginer que le terme « immédiatement » puisse
renvoyer à 2014 !
Point n’est besoin de démontrer que la contestation de
cette procédure ainsi que la demande de renvoyer à fin
janvier la réponse de nos collectivités au projet de loi
participent d’une stratégie constante visant à ralentir,
à n’importe quel prix, le processus de création de la
nouvelle collectivité.
Le refus de convoquer une réunion de la commission
des textes et de la commission permanente (comme au
Conseil Général), pour préparer la plénière du 6 janvier,
illustre la même volonté de sabotage.
Rester vigilants...
Certes, on ne manquera pas de nous opposer
les « nombreux » (pas toujours pertinents, d’ailleurs) amendements ambitionnant de « corriger » le projet
initial. D’abord, aucun texte n’échappe à des révisions
de fond ou de forme ; cet exercice allait donc de soi.
Néanmoins, la portée de plusieurs des corrections du
PPM reste anecdotique. Il en est ainsi du remplacement
d’un malheureux pronom personnel masculin (« il ») –
perdu dans la foule des mots- par « elle » (art. L.7223-1,
alinéa 2, amendement C. Chauvet).
A l’article L.7254-1, une autre proposition nous invitait à
modifier l’expression « les compétences attribuées », au
prétexte que « le mot attribution suggère l’intervention
d’une personne tierce » tout en reconnaissant,
d’ailleurs, que « c’est l’Etat qui fixe les compétences » !
C’est donc l’Etat la personne tierce ! Cette petite
susceptibilité lexicale aboutit à l’étonnante rédaction
suivante : « La collectivité de Martinique exerce les
compétences exercées… ».
Pour le reste, et pour l’essentiel, le Conseil Régional
reprendra les amendements de fond défendus par
la majorité du Conseil Général, le 30 décembre : sur
les organes de la collectivité, sur les attributions du
président de l’assemblée, les conseils consultatifs, le
renforcement des pouvoirs de substitution du préfet,
etc…
Enfin, le déroulement et les conclusions de ces deux plénières prouvent, s’il en était encore
besoin, que le congrès, dont l’annulation semble
avoir si profondément chagriné son initiateur
imprudent, n’aurait en rien permis de réaliser une
prétendue « unité martiniquaise » face
français.
Ce n’était d’ailleurs pas la finalité que lui avaient
attribuée ses promoteurs, lesquels cherchaient avant
tout à afficher une hégémonie rêvée….
Il faut par contre se réjouir que, tant au Conseil
Général qu’au Conseil Régional, l’ensemble des forces
politiques martiniquaises aient rejeté le renforcement
des pouvoirs d’un préfet qui dispose déjà de larges
attributions. L’accentuation de la présence de l’Etat,
vieille théorie de la droite jacobine française, sera –
malgré l’opposition unanime des élus martiniquais- sans
aucun doute, maintenue dans la loi qui sera votée au parlement français.
Contraire à l’aspiration de notre peuple à plus de
responsabilité, elle constituera inévitablement une
source de conflit d’autorité entre la représentation
démocratique élue du peuple martiniquais et le
représentant de l’Etat, haut fonctionnaire nommé
par le président de la républiques française.
VOILA POUR LE COUP DE MENTON NATIONALISTE ! : "Il faut ... se réjouir que, tant au Conseil Général qu’au Conseil Régional, l’ensemble des forces politiques martiniquaises aient rejeté le renforcement des pouvoirs d’un préfet qui dispose déjà de larges attributions". L’HONNEUR EST SAUF.
MAIS ON REMET LES PIEDS SUR TERRE : "L’accentuation de la présence de l’Etat, vieille théorie de la droite jacobine française (A CUBA, COMMENT C’EST ?), sera – malgré l’opposition unanime des élus martiniquais- sans aucun doute, maintenue dans la loi qui sera votée au parlement français". Mais on ne dit rien quand l’ETAT vous impose un spécialiste pour vous apprendre à faire de l’économie endogène. LA, ON ACCEPTE : IL S’AGIT DE TRAVAILLER.
LA REGLE : Tant que nous ne serons pas dans une franche autonomie de type article 74 (et encore !), toute mesure décentralisée sera accompagnée de la déconcentration du contrôle du pouvoir correspondant. Cela n’empêchera pas les PETITES DEMISSIONS de l’Etat : les petits "oublis" ou les "détournements" de regard.
La Martinique est sous tutelle et le représentant de l’Etat, haut fonctionnaire nommé par le président de la républiques française a le dernier mot. Qu’est ce qu’il y a de si compliqué ici ? Quoi dans « sous tutelle » que ces gens la ne comprennent pas.
Non, l’honneur n’est pas sauf...En tout cas pas pour nous et pas pour si peu ! Et, en la circonstance, il ne s’agit pas de sauver l’honneur ; notre propos consistait à rendre compte de cette plénière. Pour le "spécialiste" imposé par l’Etat,c’est une démarche qui procède de la même volonté de renforcer la présence de celui-ci.En tout cas, il est certain qu’une véritable autonomie aurait eu l’avantage d’une plus nette délimitation des pouvoirs.Nous pouvons regretter le fait de ne pas y être parvenu en janvier dernier, mais il faut surtout poursuivre, sous les formes appropriées, l’accession à la souveraineté. La mise sous tutelle n’est pas le point final des batailles politiques et de l’histoire de notre pays.
"Une véritable autonomie", "une véritable autonomie" ... : il y aura toujours un statut imparfait pour justifier nos carences et nos incapacités. Même lorsqu’on sera indépendants il nous restera un siècle ou deux pour justifier nos conneries par le passé colonial. Un peu comme Haïti (sauf mon respect pour ce peuple, surtout en ce moment).
Pourquoi toujours citer Haïti, alors qu’Haïti est un pays qui non seulement s’est efforcé de rembourser à la France une dette illégitime mais encore a subi de nombreuses catastrophes naturelles dont il aurait été difficile, même pour un pays en bonne situation financière, de se relever... En effet, Haïti fut forcé d’accepter en 1825 la reconnaissance d’une dette colossale envers la France (qu’on appelle également "dette de l’indépendance"), représentant à peu près le budget annuel de la France à l’époque (150 millions de francs-or). Pendant plus d’un siècle, Haïti s’est saigné aux quatre veines pour tenter de rembourser cette dette, dette qui a définitivement empêché, dès l’origine, tout développement économique véritable d’Haïti. Ne citons pas uniquement Haïti, citons aussi la Barbade qui est un pays anglophone de la Caraïbe indépendant et en pleine expansion économique. La Barbade est un pays paisible avec un faible taux de criminalité, relativement bien organisé sur les plans institutionnel et politique (démocratie parlementaire membre du Commonwealth) et possédant un niveau de vie élevé pour la région. Selon le Rapport mondial pour le développement humain 2006 (Programme des Nations unies pour le Développement) la Barbade est le 37ème pays au niveau de l’indice de développement humain (IDH), derrière le Portugal qui est 34ème.
Tu dois lire Wikileak sur la France et l’Algérie. Les petits bourgeois pieds noirs ne peuvent pas se remettre d’avoir été mis a la porte de la non plus.
A ajouter que quand la Martinique, Nouvelle Calédonie et les autres attributaires coloniaux, etc. seront morts de génocide par substitution et autres dénaturations, Haïti sera encore la. Les colons métro vont devoir retourner a Vercingétorix pour prouver que quand on est enc … par … on souffre du bénéfice de la colonisation.
Le drame de toutes ces colonies est d’avoir passé par la main de ces petit bourgeois, réactionnaires, sectaires, moralement mesquins et colonialistes qui ont joué un rôle prépondérant dans leur histoire.
Nous connaissons le plaisir presque pervers à toujours instrumentaliser Haïti pour que les choses n’évoluent pas en Martinique...Ou encore à ressasser "nos carences et nos incapacités". A ce rythme, et dans cette logique, on finira par s’en prendre à nos pauvres gènes !
Oui la colonisation et les rouages qu’elle a mis en place à différents niveaux sont une clef d’expliction de la situation martiniquaise actuelle ! On ne peut pas faire comme si ces siècles de domination et de violences n’avaient eu aucune incidence.
Mais il demeure tout aussi évident qu’il est de notre responsabilité ,à nous martiniquais, de nous affranchir ou de ne pas nous affrenchir des pesanteurs de cette histoire...Nous sommes en responsabilité morale et politique.
Pendant des décennies vous avez instrumentalisé Cuba, Moscou, Pékin, et même Haïti en tant que peuple vainqueur de l’armée de Napoléon etc... pour montrer les exemples qu’il fallait suivre pour que "les choses évoluent en Martinique". Ce n’est pas parce que les indépendantistes ne peuvent plus tromper le peuple en ne pouvant plus lui présenter ces destinations de misère comme des coins de paradis que ceux qui ont toujours dénoncé ces contre exemples devraient s’interdire de le faire.
Vous n’avez rien inventé, votre génération n’a pas apporté la moindre novation aux propos de vos aînés aujourd’hui retraités. Votre discours est le même que celui était déjà prononcé en 1960 et que l’histoire a irrémédiablement condamné. Depuis 1960, rien n’a été dit de nouveau par les indépendantistes alors que le monde a totalement changé.
Par ailleurs, il est assez singulier que les ex-admirateurs des démocraties socialistes et communistes s’accrochent tout à coup au modèle de la Barbade où prospère une activité touristique que les indépendantistes se sont acharnés à détruire en Martinique.
Quand on se trompe de façon aussi incontestable et que tous les modèles qu’on s’est donnés se sont révélés être de pitoyables échecs, on devrait avoir l’intelligence, par respect pour le peuple qui a su résister au matraquage idéologique, de se remettre en question. Il est exact que tant que vous nourrissez le peuple que de besoin d’évolution, vous les détournez des vrais problèmes et vous les maintenez dans l’incapacité de surmonter leurs carences. Cela fait des années que cela dure et cela devient une affaire de culture, pas de gènes, une affaire de formatage de cerveaux, d’endoctrinement.
"La situation martiniquaise actuelle", c’est quoi ? Une société où les donneurs de leçons et ceux qui se disent les plus déterminés à combattre les injustices sont ceux qui défendent becs et ongles l’une des injustices les plus criantes du pays : le versement de 40% de majoration à des fonctionnaires qui bénéficient de la garantie de l’emploi. Quel débat a-t-il été déjà organisé au Palima pour seulement poser le problème de cette injustice ? Sans doute me dira-t-on que de même qu’il ne faut pas parler d’Haïti, il faudrait laisser les 40% tranquille. Un Himalaya d’hypocrisie !
Quand la faiblesse de votre argumentation devient trop criante, le dénigrement semble devenir votre arme... C’est pitoyable ! Où est le débat d’idées ? Où est le débat de fond ? Que du vide, comme les promesses du PPM...
Je croyais qu’il s’agissait d’un débat de fond, monsieur le très courageux anonyme...Mais si c’est tout ce que vous avez à offrir à la réflexion politique, je suis malheureux pour vous...Comment pouvons-nous vous aider à mieux vous porter ?
La force et la puissance d’une nation se basent sur deux choses : sa capacité à produire et sa capacité à conquérir. C’est-à-dire son économie et son armée.
En ce qui nous concerne, je ne pense pas qu’il faut etre sorti de l’ENA pour se rendre compte que la capacité à produire, ben c’est raté mais il est encore possible de rebondir (Mais le veut-on vraiment ?). Et la capacité à conquérir, ben c’est non seulement raté mais en plus c’est trop tard.
Sans ces deux capacités, on peut blablater, discuter, échanger, crééer des idéologies comme ci ou comme ça, faire de la démagogie ou "questionner" le peuple sur des questions sur lesquelles meme les universitaires s’explosent le crane, ça n’aboutira à rien.
Il faudrait peut-etre faire une croix définitve sur ces doux reves d’indépendance qui sont complètement irréalistes et ne sont finalement qu’un mécanisme cathartique pour les habitants de l’ile plus qu’autre chose , et accepter que nous sommes francais et faisons partie d’un plus grand ensemble qui, meme si on a envie de le bruler jusqu’aux racines par vengeance, est la seule possibilité pour nous de diriger notre destinée vers un compromis acceptable, pas forcément celui qu’on aimerait le plus (parce qu’on a quand meme notre dignité) mais celui qui nous permettra d’etre "au moins" une région (plus) forte.
Parce que honnetement, je ne suis pas convaincu que les idées d’indépendance fuseraient autant, si on avait une économie qui tournait comme celle de l’ile de France ou comme celle de la Bretagne ou du Nord.
Mais le truc, c’est que pour égaler ces régions, c’est pas un changement de statut ou un changement de tetes (ou de partis en place) qui changera quoique ce soit. Il faut simplement que tout le monde l’accepte, retrousse ses manches et se mette au travail...