Sarkozy : Le "partenariat"
TweetPar Maurice Marianne*
A quatre reprises, le Président de la République, a évoqué avec force dans ses vœux à l’Outre-Mer du 9 Janvier 2011, le « partenariat » qui doit être désormais engagé entre la France et l’Outre-Mer. »
« Ce partenariat nouveau fondé sur la confiance », a-t-il dit qui doit « trouver sa traduction en matière institutionnelle » aura constitué l’idée-force du discours de Monsieur SARKOZY.
A ma connaissance, l’on n’a jamais encore entendu parler de partenariat entre un département métropolitain et la France….
Il s’agit là d’un concept excellent passé inaperçu alors que toute la population guadeloupéenne se doit de se l’approprier dans la perspective d’un pays à construire. C’était déjà l’expression que j’utilisais à la réunion des Etats Généraux de l’Outre-Mer tenue à Paris en septembre dernier devant des interlocuteurs médusés quand je comparais l’avenir de notre île à celui d’une Communauté conjugale » - de droit commun… - » (sic) où le donner et le recevoir doivent se conjuguer sous l’initiative et la responsabilité de chacune des parties en cause, la République ayant pour rôle de pérenniser l’unité aussi longtemps que possible.
Il me semble avoir compris que le Chef de l’Etat est sur la même longueur d’onde quand il estime « qu’il y a un lien nouveau entre la métropole et ses Outre-Mer fondé sur les responsabilités partagées » à ceci près qu’en ce qui concerne la Guadeloupe ce partage de responsabilités est loin d’être évident.
Cette recherche de responsabilités doit être le credo des jeunes qui débarquent en ce moment sur la scène politique guadeloupéenne, s’ils ne veulent pas disparaître comme l’écume des vagues ou se confondre avec l’ordinaire.
Et pourtant, les contours de ce partenariat à approfondir se voient partout : à Jarry, à Pôle Caraïbes voire dans l’Administration où le guadeloupéen ne sait que recevoir sans donner. Il reçoit en permanence le lait de la vache mais n’a pas de vache à donner, même si Monsieur SARKOZY dit « croire au partenariat engagé en matière agricole » (sic). En réalité, le guadeloupéen ne peut pas le faire parce qu’il ne dispose ni de pouvoir ni de maîtrise sur l’adaptation des politiques économiques utiles à l’intérêt général de son pays. C’est en cela que le partenariat doit déboucher sur une répartition non pas seulement de compétences communales, départementales ou régionales mais de pouvoirs. Aussi ne s’accommode t-il nullement d’un droit commun qui à certains égards peut se révéler étouffant ; il aura souvent besoin d’air pour se mettre au diapason d’une mondialisation dont Monsieur SARKOZY a raison de dire qu’elle « est la meilleure façon de nous protéger » après avoir abattu « la cloison imaginaire que l’Etat aurait dressé entre l’Outre-Mer et le reste du monde ». L’exemple de la Concacaf demeure un signe très fort chez les « Gwada-boys »…. Il y en a d’autres.
Au bout de cette entreprise ambitieuse et innovante, la France comme la Guadeloupe serait encore plus belle car chaque partie en s’enrichissant des apports de l’autre trouverait son compte tant dans son rayonnement culturel que dans son épanouissement économique. Cela peut se faire également à petits pas mais en aucune façon dans le sens de l’uniformité que dénoncent le Président SARKOZY ainsi que tous les hommes et femmes de bonne volonté.
L’évolution institutionnelle de la Guadeloupe inspirée du cumul négocié – je dis bien du cumul – de certaines dispositions de la Constitution, comme le Chef de l’Etat avait invité à le faire le 26 juin 2009 toujours à Petit-Bourg, doit tendre vers ce partenariat car, qu’on le veuille ou non, le problème ne cessera de se poser aussi longtemps qu’une feuille de route définitive ne sera pas tracée, quel que soit le statut octroyé. Autant le faire tout de suite. Il faut donc dépasser les schémas imposés par une réforme territoriale conçue avant tout pour l’Hexagone, où région et département n’ont pas la même dimension qu’en Guadeloupe.
Aux gaullistes de droite ou de gauche, je recommande la méditation de l’Appel que le Général de Gaulle lançait à Brazzaville en 1944 en direction des peuples d’Outre-Mer.
Et, je propose à l’actuel Président du Congrès, Jacques Gillot, qui a eu tort de bouder les Etats Généraux que l’on aurait pu transformer à notre rythme en Convention Nationale la mise en place d’une grande commission d’Experts ayant pour tâche de concrétiser le partenariat nouveau par d’indispensables novations institutionnelles sans porter atteinte à l’Unité de la République.
* Maurice Marianne est ancien bâtonnier de l’ordre des avocats de la Guadeloupe
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